
Le Gabon aspire au développement. L’État investit des milliards de francs CFA dans la construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, de marchés, de stades et d’autres infrastructures destinées à améliorer le quotidien des populations. Pourtant, un constat s’impose avec une inquiétante régularité : nous sommes souvent les premiers à détruire ce qui est construit pour notre propre bien.
L’affaire du complexe omnisports Michel-Essonghe de Port-Gentil en est une illustration saisissante. Construit pour accueillir la CAN 2017 et considéré comme l’une des vitrines sportives du pays, ce joyau national a été progressivement vidé de sa substance. Téléviseurs, écrans plasma, groupes électrogènes, câbles électriques, lampadaires, bancs, équipements sanitaires, mobilier des salons VIP, toiture… tout ou presque a disparu.
Ironie du sort, cette infrastructure était pourtant placée sous surveillance permanente. Le pire, c’est qu’à en croire plusieurs sources concordantes, on parle ici d’un pillage organisé, attribué à plusieurs agents militaires affectés sur place.
Des investigations approfondies et des interpellations
Une procédure d’enquête avait été engagée avant d’être poursuivie, après le départ du ministre concerné, sous la coordination d’une proche collaboratrice. Dans cette dynamique, une équipe spécialisée du B2, relevant de la Direction du renseignement militaire, s’est rendue de Libreville à Port-Gentil afin d’approfondir les vérifications. Ces derniers jours, plusieurs militaires ont été arrêtés puis transférés vers la capitale pour les besoins de l’enquête, qui se poursuit activement selon des sources concordantes.
Entendus par les enquêteurs, certains des suspects auraient tenté de se dédouaner en pointant du doigt de jeunes récupérateurs de ferraille et revendeurs de cuivre opérant aux abords de la décharge municipale de Ntchengue. Une version que les enquêteurs peinent toutefois à retenir. Une interrogation demeure en effet : comment de simples récupérateurs auraient-ils pu accéder à un complexe placé sous surveillance permanente de militaires armés et en extraire des équipements aussi volumineux sans éveiller le moindre soupçon ?
Téléviseurs, écrans plasma, groupes électrogènes, mobilier du salon présidentiel et de nombreux autres équipements de valeur ont disparu du complexe sportif. Reste désormais à déterminer qui a organisé leur enlèvement, dans quelles conditions ces biens ont été écoulés et à qui ils ont finalement profité.
Au-delà du vol lui-même, les investigations s’intéressent désormais à l’hypothèse d’un réseau structuré ayant opéré depuis l’intérieur même d’un site hautement sécurisé. Le démontage, le transport et la revente d’équipements aussi imposants supposent en effet une organisation logistique difficilement compatible avec l’action de simples opportunistes.
L’enquête conduite par le B2 est donc attendue sur une question essentielle : comment des personnels chargés d’assurer la protection d’un patrimoine public ont-ils pu, si les faits sont établis, laisser un tel pillage se produire ou y participer ?
Les investigations en cours devront situer toutes les responsabilités et permettre à la justice de faire son travail. Mais au-delà de l’aspect judiciaire, cette affaire soulève une interrogation beaucoup plus profonde : quel rapport entretenons-nous réellement avec le bien public ?
Ce phénomène n’est malheureusement pas isolé. Dans le Woleu-Ntem, une centrale d’achat a aussi été vandalisée, illustrant une nouvelle fois cette incapacité de certains à préserver les infrastructures réalisées au bénéfice de tous. Chaque acte de vandalisme, chaque câble électrique volé, chaque banc arraché, chaque lampadaire détruit représente une perte pour toute la Nation.
Le Président de la République, Chef de l’État et du Gouvernement, Son Excellence, Brice Clotaire Oligui Nguema, appelle régulièrement à un changement de mentalité. Ce message n’est pas un simple slogan politique. Il constitue une exigence pour bâtir un Gabon nouveau. Car le développement ne dépend pas uniquement des investissements publics ; il repose aussi sur le civisme, le patriotisme et le sens de l’intérêt général.
Soyons honnêtes avec nous-mêmes. Combien d’entre nous entretiennent régulièrement les abords de leur maison ? Combien prennent l’initiative de curer les caniveaux de leur quartier, de ramasser les déchets ou de protéger les équipements publics ? Trop souvent, nous attendons tout de l’État. Et lorsque celui-ci consent d’importants sacrifices financiers pour doter le pays d’infrastructures modernes, certains s’empressent de les dégrader, de les piller ou de les vandaliser.
Est-ce normal ? Devons-nous considérer ces comportements comme une fatalité ? La réponse est évidemment non.
L’exemple de plusieurs pays africains, notamment le Rwanda ou la Guinée équatoriale, montre que la propreté des villes, la préservation des équipements publics et le respect du patrimoine collectif reposent aussi sur l’engagement quotidien des citoyens. Les autorités publiques y jouent leur rôle, mais les populations assument aussi leur part de responsabilité en protégeant ce qui appartient à tous.
Le Gabon sort progressivement d’une période économique particulièrement éprouvante. Les ressources de l’État ne sont pas inépuisables. Chaque infrastructure détruite devra être réparée, chaque équipement volé devra être remplacé, chaque acte d’incivisme mobilisera de nouveaux financements qui auraient pu servir à construire une école supplémentaire, un centre de santé, une route ou un marché.
Peut-on continuer ainsi, dans un éternel recommencement ? Peut-on prétendre vouloir le développement tout en détruisant les outils qui doivent précisément le rendre possible ?
La réponse appartient à chaque Gabonais. Le changement de mentalité tant souhaité ne viendra ni des discours ni des lois uniquement. Il naîtra lorsque chacun comprendra que protéger un bien public, c’est protéger son propre avenir. Car le premier obstacle au développement n’est pas toujours le manque de moyens ; il est parfois notre propre comportement.


![[Série] Diminution de la rémunération des directeurs généraux au Gabon : une mesure forte pour réduire la masse salariale de l’État](https://digitalnews-ga.net/wp-content/uploads/2026/06/FB_IMG_1781541234148-1-360x180.jpg)
![[Série] Gabon : une réforme urgente pour restaurer la confiance et refonder la protection sociale](https://digitalnews-ga.net/wp-content/uploads/2026/06/FB_IMG_1781541243990-1-360x180.jpg)



























Discussion about this post