Le président de la République gabonaise s’est rendu à Oyo pour un hommage officiel à l’ancienne Première Dame Édith Lucie Bongo Ondimba. Derrière ce recueillement à forte charge symbolique, se joue une tentative de décrispation politique entre Libreville et Brazzaville, refroidies par les derniers rebondissements de l’affaire des « biens mal acquis » en France.
Un recueillement hautement symbolique à Oyo
C’est à la tête d’une importante délégation de hauts officiels et de « sages » que le Brice Clotaire Oligui Nguema a fait son arrivée samedi au Congo-Brazzaville. L’objectif officiel de ce déplacement, immortalisé par des images circulant abondamment sur les réseaux sociaux, est empreint de solennité : se recueillir et déposer une gerbe de fleurs sur la tombe d’Édith Lucie Bongo Ondimba.
Inhumée à Oyo, le fief de la famille présidentielle congolaise dans le nord du pays, la fille du président Denis Sassou Nguesso et défunte épouse de l’ancien président gabonais Omar Bongo Ondimba (décédée en 2009) demeure le symbole vivant des liens historiques et quasi-familiaux qui unissent les sommets de l’État des deux pays voisins.
Pour orchestrer ce dialogue au sommet, le chef de l’État gabonais a choisi d’aligner des figures de poids :
- Marie-Madeleine Mborantsuo : Ancienne figure tutélaire de l’appareil d’État gabonais, réputée pour ses talents de négociatrice en coulisses.
- Henri-Claude Oyima : Banquier et homme d’affaires influent, connu pour avoir ses entrées directes au palais présidentiel congolais.
- Les notables du Haut-Ogooué : Plusieurs dignitaires de la province natale d’Omar Bongo, venus appuyer la dimension mémorielle et fraternelle du voyage.
L’ombre des « biens mal acquis » et le cas Antoinette Sassou-Nguesso
Si ce déplacement coïncide avec le jour de la Toussaint, fête dédiée à la mémoire des morts, les observateurs politiques y voient surtout une opportunité cruciale de « régler les différends en famille ». Les relations entre Libreville et Brazzaville traversent en effet une zone de turbulences inédite en raison des développements de l’affaire des « biens mal acquis » en France.
Ce dossier judiciaire d’envergure, né de plaintes déposées en 2007 et 2008, vise le patrimoine immobilier et financier considérable acquis dans l’Hexagone par les entourages de trois chefs d’État africains (Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso et Teodoro Obiang) avec des fonds publics présumés détournés. Contrairement au Congo et à la Guinée équatoriale, le Gabon a obtenu le statut crucial de partie civile en 2023, lui permettant de réclamer officiellement réparation devant les tribunaux français.
Le climat s’est brutalement détérioré le 8 septembre dernier. Selon des révélations d’Africa Intelligence, les avocats de l’État gabonais auraient transmis au juge d’instruction un mémoire d’observations qui aurait initialement demandé le jugement d’Antoinette Sassou-Nguesso, l’épouse du président congolais.
Une diplomatie de crise pour éteindre l’incendie
Cette démarche a immédiatement été perçue par Brazzaville comme une attaque frontale et une provocation politique orchestrée par le jeune pouvoir de la 5 ème République Gabonaise. Face au tollé et pour apaiser la colère de Denis Sassou Nguesso, Libreville a dû rapidement rétropédaler. Le mémoire incriminé aurait été remanié en urgence.
Aujourd’hui, les autorités gabonaises tentent de désamorcer la crise en assurant publiquement n’avoir ajouté aucun nom au dossier et ne réclamer le procès de personne. La rencontre directe à Oyo entre Brice Clotaire Oligui Nguema et son homologue congolais, qui l’a reçu dès son arrivée, s’apparente ainsi à une opération de déminage diplomatique majeure. Reste à savoir si la diplomatie des cimetières suffira à effacer les suspicions nées des prétoires parisiens.






























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