À l’approche de l’élection présidentielle prévue pour le 12 avril 2025, Alain-Claude Bilie By Nze tente une maladroite réinvention politique. Dernier Premier ministre d’Ali Bongo et visage emblématique du système déchu, il présente aujourd’hui un programme de campagne qui peine à convaincre, tant il apparaît plutôt comme un exercice de communication sans réelle profondeur. Explication.
Intitulé « Rupture et nouvelle indépendance : construire ensemble un autre Gabon », l’ouvrage-programme de cet ancien apparatchik du pouvoir Alain Claude Bilie-By-Nze se veut l’acte fondateur d’un tournant politique. Derrière ce titre ambitieux se cache pourtant un document aux contours flous, enchaînant 19 objectifs génériques sans vision claire, sans aucune consistance politique.
Des expressions séduisantes telles que « société de confiance », « souveraineté industrielle », « unité nationale » ou encore « sécurité » sont convoquées dans un chapelet d’incantations, déconnectées de tout cadre opérationnel. La réforme institutionnelle, censée constituer l’ossature de sa démarche, est elle-même marquée par l’imprécision. Suppression du Sénat, du Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE), et de la Médiature de la République : autant d’annonces choc qui relèvent davantage du coup de communication que d’un projet mûrement réfléchi.
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence de propositions concrètes sur les véritables enjeux de la transition actuelle. Bilie By Nze élude des thématiques centrales : l’indépendance du pouvoir judiciaire, l’extension des libertés publiques, la lutte contre l’arbitraire administratif, la refondation du contrat social ou encore la participation citoyenne. Des questions essentielles dans un pays en quête de réhabilitation démocratique.
Ces omissions sont d’autant plus troublantes qu’elles traduisent, sinon une indifférence, du moins un certain opportunisme : celui d’un candidat plus soucieux de se repositionner que de réinventer le système.
Le paradoxe est flagrant. L’homme qui se veut aujourd’hui le chantre de la rupture a été, pendant près d’une décennie, l’un des piliers du pouvoir Bongo. Porte-parole du gouvernement, ministre, puis Premier ministre, Bilie By Nze a défendu avec zèle les politiques qu’il dénonce désormais. Son silence d’hier sur les dérives institutionnelles, la répression des libertés et les dysfonctionnements de la justice jette une ombre sérieuse sur sa crédibilité actuelle.
À cet égard, sa métamorphose soudaine interroge. Est-ce une prise de conscience sincère ou une stratégie de survie politique ? Difficile d’y voir autre chose qu’un exercice de style, soigneusement calibré pour séduire un électorat en quête de renouveau.
Plus qu’un projet de société, le texte de Bilie By Nze ressemble à un outil de communication conçu pour effacer les stigmates du passé. Il ne s’agit pas d’un manifeste présidentiel, mais d’un prospectus politique, destiné à redorer une image abîmée par les responsabilités assumées au cœur d’un système contesté.
En définitive, le candidat ne propose pas une rupture, mais une reconduction maquillée du logiciel ancien. À l’heure où les Gabonais aspirent à un changement profond, leur lucidité pourrait bien faire la différence. Derrière la rhétorique du renouveau, c’est toujours le vieux monde qui cherche à se maintenir.
Le projet de Bilie By Nze manque de souffle, de consistance et de sincérité. Dans un contexte où l’exigence de vérité et de transformation est à son comble, l’offre politique du candidat apparaît comme un mirage, une tentative de reformatage d’un visage connu pour des postures désormais obsolètes. Les électeurs gabonais, plus avertis que jamais, sauront discerner la profondeur de la posture.
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