Au Gabon, la question du statut des enseignants refait surface avec une dimension longtemps reléguée au second plan : celle du logement de fonction. En relançant la construction et la réhabilitation de cités destinées au personnel éducatif, le gouvernement tente de répondre à une revendication ancienne tout en corrigeant des dérives accumulées au fil des décennies.
Dans le Grand Libreville, les chantiers en cours au lycée technique d’Owendo et au lycée national Léon Mba illustrent cette volonté de passer des annonces aux réalisations. Plusieurs bâtiments destinés aux enseignants y sont en phase d’achèvement. Le programme prévoit la construction de quatre immeubles de type R+2 dans chacun de ces deux établissements, avec pour objectif d’augmenter de manière significative l’offre de logements de fonction pour les enseignants en activité.
Au-delà de l’infrastructure, l’enjeu est stratégique. Dans un système éducatif régulièrement traversé par des mouvements sociaux, la question du logement constitue un facteur déterminant de stabilité. Difficulté à se loger à proximité des établissements, coût élevé des loyers dans la capitale et mobilité professionnelle contrainte figurent parmi les sources récurrentes de frustration dans le corps enseignant. En améliorant l’accès aux logements de fonction, les autorités espèrent renforcer l’attractivité du métier et stabiliser les équipes pédagogiques.
Mais la réforme engagée ne se limite pas aux nouvelles constructions. Elle s’attaque également à un héritage urbain et administratif complexe. Dans les cités des Trois Quartiers et de la SNI, plusieurs logements destinés à l’origine aux enseignants, construits pour beaucoup sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba, se trouvent aujourd’hui dans un état de dégradation avancé. Au fil du temps, leur vocation initiale s’est progressivement diluée.
Certaines habitations sont occupées par d’anciens enseignants retraités, d’autres auraient fait l’objet de transactions informelles, sans base foncière régulière, ou auraient été mises en location à des tiers. Cette situation, longtemps tolérée, pose désormais un problème d’équité pour les enseignants en activité, souvent contraints de se loger par leurs propres moyens.
Le gouvernement annonce donc une double opération : la rénovation complète du parc existant et l’assainissement des occupations. Les logements devront, à terme, retrouver leur destination première. Une perspective socialement délicate, car toute opération de déguerpissement comporte un risque de tensions, notamment dans des quartiers où ces habitations sont occupées depuis plusieurs décennies.
Cette politique du logement s’inscrit en réalité dans une réflexion plus large sur la revalorisation du statut des enseignants. Conditions matérielles, environnement de travail et reconnaissance professionnelle sont désormais présentés comme des priorités dans la réforme du secteur éducatif. Pour les autorités, il ne s’agit pas seulement de construire des bâtiments, mais de restaurer la confiance avec un corps professionnel souvent marqué par les promesses non tenues.
Sur le terrain, l’avancement visible des chantiers d’Owendo et du lycée Léon Mba offre un premier indicateur tangible. Dans un secteur où la crédibilité de l’action publique se mesure aux résultats concrets, ces logements pourraient devenir un symbole fort : celui d’un État qui cherche à replacer l’enseignant au cœur de son projet éducatif et social.































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