Loin de clore le différend territorial, le texte signé sous l’égide de l’Union africaine organise la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de Justice et ouvre une nouvelle phase de dialogue entre Libreville et Malabo.
La signature, à Addis-Abeba, d’un Accord d’engagement conjoint entre le Gabon et la Guinée équatoriale a suscité de nombreuses réactions. Pour certains, elle marquerait la fin du contentieux territorial qui oppose les deux pays depuis plusieurs décennies. En réalité, la portée de ce document est plus nuancée.
L’accord signé ne constitue ni un nouveau traité de délimitation des frontières, ni un texte qui redistribue les territoires contestés. Il vise avant tout à fixer le cadre politique, juridique et technique de la mise en œuvre de l’arrêt rendu le 19 mai 2025 par la Cour internationale de Justice (CIJ), seule juridiction compétente ayant statué sur ce différend.
Autrement dit, la souveraineté telle qu’interprétée par la Cour ne découle pas de l’accord signé à Addis-Abeba, mais de la décision rendue par la CIJ. Le document paraphé sous les auspices de l’Union africaine traduit l’engagement des deux États à appliquer cet arrêt de manière concertée, pacifique et conforme au droit international.
Cette distinction est essentielle. Dans les différends territoriaux internationaux, un jugement de la Cour internationale de Justice fixe les droits des parties. Sa mise en œuvre, en revanche, nécessite souvent des discussions complémentaires portant sur des aspects pratiques : calendrier d’exécution, modalités administratives, coopération entre les autorités concernées, protection des populations, gestion des espaces maritimes ou encore mécanismes de suivi.
C’est précisément cette phase qu’encadre l’accord signé entre Libreville et Malabo.
En accueillant cette signature, la Commission de l’Union africaine a d’ailleurs insisté sur le fait qu’il s’agit d’une étape importante vers la mise en œuvre pacifique de l’arrêt, et non de la conclusion définitive de l’ensemble du processus. L’organisation continentale entend accompagner les deux pays afin que l’exécution de la décision judiciaire se déroule dans un climat de confiance et de bon voisinage.
Cette démarche fait suite à la rencontre du 14 février 2026 entre le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema et son homologue équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Les deux chefs d’État avaient alors réaffirmé leur volonté commune de privilégier le dialogue et la coopération pour appliquer la décision de la CIJ, évitant ainsi toute escalade.
La désignation de l’ambassadeur Albert Shingiro comme envoyé spécial de l’Union africaine illustre également la volonté de maintenir un accompagnement politique permanent durant cette phase sensible.
Au-delà du différend lui-même, cette séquence revêt une portée plus large. Elle montre que deux États africains peuvent choisir de s’en remettre au droit international, puis d’organiser ensemble l’exécution d’une décision judiciaire dans un cadre négocié plutôt que dans la confrontation.
L’accord d’Addis-Abeba ne met donc pas un terme définitif à toutes les questions liées aux territoires concernés. Il constitue avant tout un instrument destiné à garantir que la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour internationale de Justice s’effectue dans le respect des engagements internationaux, de la stabilité régionale et des principes de l’Union africaine.
En ce sens, la signature représente moins la fin d’un contentieux que le début d’une nouvelle phase : celle de l’application concrète d’une décision de justice internationale, sous le regard de l’Union africaine et de la communauté internationale.































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