
Ce 28 mai 2025, dans l’éclat solennel du Palais du bord de mer, les institutions de la République ont vécu un moment de vérité. Rassemblées autour du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, les plus hautes autorités gabonaises ont reçu officiellement l’arrêt de la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire qui oppose le Gabon à la Guinée équatoriale sur la délimitation des frontières et la souveraineté des îles Mbanié, Cocotiers et Conga.
Mais c’est surtout la voix forte et magistrale du professeur Guy Rossatanga-Rignault, avocat du Gabon près la CIJ, qui aura marqué les esprits. Dans un discours à la fois technique, patriotique et lucide, le constitutionnaliste a livré une leçon de droit, de mémoire historique et de diplomatie responsable.
Une vérité juridique dans un contexte politique sensible
Avec sa rigueur de juriste et son éloquence reconnue, le professeur Rossatanga-Rignault a replacé le différend dans sa profondeur historique, soulignant que les tensions ne se limitent pas aux îles, mais concernent l’ensemble de la frontière terrestre et maritime entre les deux pays. Le cœur du litige ? L’interprétation de la Convention de Bata de 1974, un accord que Libreville considère comme fondamental, mais dont la CIJ a rejeté la valeur juridique, préférant s’en remettre à la Convention coloniale franco-espagnole de 1900.
Quant à la souveraineté des îles Mbanié, Cocotiers et Conga, la Cour les a attribuées à la Guinée équatoriale, non pas sur la base d’un traité, mais au motif d’une présomption de souveraineté héritée de l’Espagne. Un verdict qui, sans être contesté publiquement, laisse un sentiment d’injustice dans les rangs gabonais.
Rossatanga-Rignault : le droit comme arme de dignité nationale
Le discours du professeur a brillé par sa précision, sa hauteur de vue et sa charge émotionnelle. En rappelant que la saisine de la CIJ fut une initiative équato-guinéenne en 2021 – et non un renoncement gabonais à la diplomatie –, il a désamorcé les critiques mal informées. Avec une formule aussi mordante que mémorable, il a souligné : « Nous savons que nos frères de Guinée savent que nous savons qu’ils savent que cette Convention de Bata a bien été signée le 12 septembre 1974 chez eux. »
Mais au-delà de la démonstration juridique, c’est un appel à la cohésion nationale et à la maturité politique qui a clos son intervention. Dans un ultime souffle d’engagement, il a lancé : « Nous ne sommes pas tenus de nous aimer. Mais j’ai la faiblesse de penser que nous sommes tous tenus d’aimer le Gabon. Ce petit quelque chose-là, qui manque à certains, s’appelle le Patriotisme. »
Un tournant diplomatique sous le sceau du droit
Le Gabon, bien que débouté sur certains points, sort grandi par la tenue exemplaire de ses représentants, la clarté de ses arguments et la dignité de sa posture internationale. Le Président Oligui Nguema, garant de l’unité nationale, entend désormais engager un dialogue bilatéral constructif avec la Guinée équatoriale, afin de traduire cette décision judiciaire en solution politique durable, dans un esprit de paix, de souveraineté et de coopération régionale.
Le droit a parlé. Le Gabon, fidèle à son engagement pour une diplomatie pacifique et intelligente, s’apprête à franchir une nouvelle étape, sans renier l’encre de son histoire ni la mémoire de ses droits.































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