
Dans une récente déclaration largement relayée dans la presse équato-guinéenne, un journaliste se félicite de ce qu’il croit être une victoire judiciaire complète de son pays dans l’affaire des frontières avec le Gabon. Problème : l’intéressé parle plus comme un mécanicien improvisé du droit international que comme un professionnel informé. Car la réalité est limpide pour qui a effectivement lu l’arrêt du 19 mai 2025 de la Cour internationale de justice (CIJ) : la seule frontière terrestre reconnue par la Cour est celle définie par la Convention franco-espagnole de 1900, à savoir le méridien 9° Est de Paris. Point final.
Non, la CIJ n’a pas validé la frontière de la rivière Kyé
L’argument avancé par nos voisins, selon lequel la rivière Kyé marquerait toujours la frontière naturelle entre les deux pays, ne repose sur aucune base légale valable. Cette délimitation est issue de la Convention de Bata de 1974, un accord que la Guinée équatoriale elle-même rejette, et que la Cour a écarté d’un revers de plume dans son arrêt (paragraphes 155-156).
Par conséquent, la seule ligne frontière opposable est celle de 1900, une ligne droite qui traverse aujourd’hui 375 km² de territoire actuellement sous contrôle équato-guinéen, incluant le pont d’Ebebiyin et une partie de cette ville. C’est cela, le droit. Pas ce que dicte l’émotion ou l’instinct de préservation du statu quo.
Mbanié : pas de rétrocession sans réciprocité
Oui, la CIJ a tranché : la souveraineté sur les îles (Mbanié, Cocotiers, Conga) revient à la Guinée équatoriale, car elles étaient sous souveraineté espagnole. Très bien. Mais cette reconnaissance est indissociable de celle des frontières terrestres. Or, si la Guinée équatoriale veut récupérer Mbanié, elle doit en retour appliquer la frontière de 1900, ce qui implique de rendre au Gabon les 375 km² gracieusement annexés depuis 1974.
Dans le cas contraire, nous sommes dans un scénario de pillage diplomatique : on réclame ce qui nous avantage, on rejette ce qui nous engage. Ce que la CIJ elle-même récuse explicitement dans son arrêt.
Quand Mongomo se transforme en point aveugle juridique
Ce qui frappe, c’est l’absence totale de compréhension géopolitique dans la lecture équato-guinéenne de cette affaire. Toute l’affaire semble avoir été laissée entre les mains d’avocats américains, probablement brillants en droit de la mer mais incapables de situer Mongomo sur une carte, ni de mesurer l’enjeu symbolique que représente cette ville dans l’imaginaire et le pouvoir équato-guinéens.
En misant sur une diplomatie externalisée, Malabo a manqué la bataille terrestre. Et ses porte-voix locaux, trop pressés de jubiler, n’ont même pas pris la peine de lire les paragraphes décisifs de l’arrêt.
Conclusion : l’arrêt est un tout. Pas un self-service juridique.
La décision de la CIJ est un bloc indissociable. Il n’est pas question de choisir la souveraineté sur les îles sans accepter la frontière de 1900. Le droit international n’est pas une carte de restaurant. Il engage, il oblige, il structure. Et en l’espèce, il est clair : la seule frontière terrestre reconnue est celle du méridien 9° Est de Paris. Que cela plaise ou non aux mécaniciens du droit de Malabo.
Alors, laissons tomber les illusions. Et passons à la mise en œuvre loyale de la décision. Sans quoi, aucune discussion sérieuse sur Mbanié ne pourra avoir lieu.































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