
Le Gabon pourrait prochainement récupérer plusieurs territoires situés aujourd’hui en République de Guinée équatoriale. C’est l’une des conséquences majeures de la décision rendue ce lundi 19 mai par la Cour internationale de Justice (CIJ), dans le cadre du différend frontalier opposant les deux pays d’Afrique centrale.
La plus haute juridiction des Nations unies, saisie d’un contentieux portant sur la frontière terrestre, la frontière maritime et la souveraineté sur les îles Mbanié, Conga et Cocotiers, a statué de manière définitive, en s’appuyant exclusivement sur les titres hérités de la période coloniale.
Retour aux frontières coloniales : une décision en faveur du Gabon sur le terrestre
Concernant la frontière terrestre, la CIJ a reconnu comme seul document juridiquement valable la Convention franco-espagnole du 27 juin 1900, qui fixait une ligne droite comme limite entre les possessions françaises (futur Gabon) et espagnoles (future Guinée équatoriale). Cette convention avait été jusqu’ici contestée ou réinterprétée par les deux parties, notamment au sujet de la rivière Kyé, précédemment considérée comme limite naturelle.
La Cour a tranché : la frontière fixée sur la rivière Kyé n’a aucune valeur juridique. Cette position implique un redécoupage partiel de la frontière terrestre, susceptible de rattacher au Gabon plusieurs zones aujourd’hui administrées par la Guinée équatoriale, notamment aux alentours des villes d’Ebebiyin et de Mongomo, situées dans la région orientale de la province équato-guinéenne de Kié-Ntem.
Un potentiel réajustement territorial pacifique
Si la mise en œuvre de cette décision nécessite encore des étapes techniques de matérialisation sur le terrain, le principe de souveraineté gabonaise sur ces territoires a été clairement établi par la Cour. Libreville y voit une reconnaissance forte de ses droits historiques et juridiques. Le gouvernement gabonais, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Michel Régis Onanga Ndiaye, s’est dit prêt à œuvrer dans un esprit de coopération, tout en prenant acte de cette avancée majeure.
« Il suit de là que plusieurs territoires actuellement équato-guinéens autour des villes de Ebebiyin et Mongomo deviendront gabonais », a précisé le communiqué officiel du ministère des Affaires étrangères du Gabon, publié le 19 mai.
Une nouvelle carte à dessiner dans la sous-région
La perspective d’un changement de souveraineté sur des zones habitées, aux infrastructures développées, pose des enjeux diplomatiques et logistiques importants. Les autorités gabonaises se sont engagées à respecter les principes du droit international et à entamer, avec la partie équato-guinéenne, les discussions nécessaires pour une mise en œuvre ordonnée, concertée et pacifique.
Un précédent rare en Afrique centrale
Dans une sous-région souvent marquée par des différends frontaliers hérités de la colonisation, la décision de la CIJ pourrait créer un précédent important en matière de règlement pacifique des litiges territoriaux. Elle marque aussi un tournant dans les relations entre le Gabon et la Guinée équatoriale, qui devront désormais bâtir un nouveau cadre de coopération basé sur la reconnaissance mutuelle des frontières redéfinies.
Prochaines étapes : matérialisation et négociations
La mise en œuvre concrète de la décision suppose une phase de matérialisation de la frontière terrestre, avec des opérations conjointes de cartographie et de délimitation sur le terrain. Par ailleurs, la Cour a demandé aux deux États d’ouvrir des négociations pour établir une frontière maritime claire, jusque-là inexistante.
Enfin, la CIJ a confirmé la souveraineté de la Guinée équatoriale sur les îles Mbanié, Conga et Cocotiers, en raison de leur ancienne occupation par l’Espagne.































Discussion about this post