Le chantier du dialogue social entre dans une phase décisive au Gabon. En recevant les centrales syndicales du secteur privé dans la salle polyvalente du PNPE, la ministre du Travail, du Plein Emploi, du Dialogue social et de la Formation professionnelle, Jacqueline Bignoumba, a annoncé la mise en place imminente d’un cadre réglementaire structurant, destiné à redéfinir les règles du jeu entre partenaires sociaux. Un tournant attendu, voulu et assumé au sommet de l’État.
Prévu pour entrer en vigueur courant février, ce nouveau dispositif doit permettre l’organisation d’élections professionnelles, absentes ou inopérantes depuis de nombreuses années. Derrière cette réforme, un objectif clairement affiché par le président de la République : mettre fin à l’opacité et à la dispersion syndicale, en consacrant un principe simple mais structurant, celui de la légitimité mesurée par les urnes.
Pour l’exécutif, il s’agit de doter le dialogue social d’une base juridique moderne et incontestable. Les élections professionnelles doivent ainsi permettre d’identifier, de manière transparente, les organisations réellement représentatives des travailleurs, capables de négocier au nom de leurs mandants et d’engager leur responsabilité dans les accords conclus avec l’État et le patronat.
Prenant la parole devant les responsables syndicaux, Jacqueline Bignoumba n’a pas éludé les enjeux politiques et sociaux de la réforme. « Pour que le dialogue social soit efficace, crédible et respecté, il doit être porté par des acteurs dont la légitimité ne souffre d’aucune contestation », a-t-elle insisté. Un message clair, qui rompt avec une culture du rapport de force permanent et des représentations autoproclamées, souvent sources de blocages et de conflits à répétition.
Au-delà de la procédure électorale, c’est une vision d’ensemble du travail et des relations professionnelles que l’exécutif entend refonder. Le cadre en préparation vise à instaurer des règles stables, prévisibles et équitables, tant pour les travailleurs que pour les employeurs. Pour le gouvernement, la stabilité sociale n’est pas un frein à la performance économique, mais l’une de ses conditions essentielles.
Cette réforme s’inscrit dans la méthode revendiquée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir : restaurer l’autorité de l’État non par la contrainte, mais par la règle, la clarté juridique et l’inclusion des acteurs légitimes. En matière de dialogue social, l’enjeu est double : garantir la dignité des travailleurs et sécuriser l’environnement des entreprises, dans un contexte où la relance économique reste une priorité nationale.
Pour les syndicats du secteur privé, l’annonce ouvre une période de recomposition. Les élections à venir obligeront chaque organisation à démontrer son ancrage réel dans le monde du travail. Pour l’État, le pari est celui d’un dialogue social apaisé, structuré et orienté vers la recherche de compromis durables plutôt que vers l’escalade.
À terme, cette réforme pourrait marquer la fin d’un cycle d’instabilité sociale chronique et l’émergence d’un partenariat plus mature entre gouvernement, travailleurs et employeurs. À condition, toutefois, que le cadre annoncé soit effectivement mis en œuvre dans les délais et avec les garanties de transparence promises. C’est à cette épreuve de la pratique que sera jugée, une fois encore, la crédibilité de la nouvelle gouvernance sociale gabonaise.































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