
Prévu pour redonner au boulevard de l’Indépendance un éclat digne de son statut historique, le projet de construction de l’esplanade Georges Damas Aleka peine à franchir la dernière ligne droite. Pourtant, l’État a d’ores et déjà mobilisé l’intégralité du financement prévu, soit 8 milliards de francs CFA, au bénéfice de l’entreprise Architectures Mauro et Technologies (AM&T Sarl), dirigée par le Gabonais Erichk Mauro.
Ce chantier, emblématique d’une volonté politique de faire confiance aux compétences nationales, s’inscrivait dans une dynamique nouvelle impulsée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui a souhaité rompre avec la pratique ancienne consistant à réserver la majorité des marchés publics aux entreprises étrangères. En attribuant ce contrat à une entreprise gabonaise, le chef de l’État voulait envoyer un signal fort sur la responsabilisation des opérateurs économiques locaux.

Un engagement financier exceptionnel
Dans ce cadre, l’État a consenti un effort financier sans précédent : alors qu’habituellement, les prestataires étrangers reçoivent un paiement échelonné – à hauteur de 70 % à la signature et le reste à la livraison – le maître d’ouvrage a, selon nos informations, accédé à la demande d’Erichk Mauro de bénéficier du paiement intégral anticipé du marché, contre l’assurance d’un avancement rapide du chantier. À ce jour, seuls 200 millions de FCFA restent à verser.
Pourtant, les travaux avancent au ralenti, et les arrêts intermittents du chantier suscitent l’inquiétude d’une partie de l’opinion publique. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer un manque de rigueur et regrettent que cette situation risque de discréditer les entrepreneurs gabonais, au moment même où un effort est fait pour les mettre en avant dans la commande publique.
Un appel à la responsabilité
De nombreux observateurs estiment qu’une livraison tardive de ce projet entacherait non seulement la crédibilité de l’entreprise adjudicataire, mais affaiblirait aussi la volonté présidentielle de bâtir une économie nationale plus souveraine. À l’approche de la fête de l’Indépendance du 17 août, traditionnellement marquée par des inaugurations symboliques, le retard observé crée de la frustration chez les citoyens et les riverains, qui espéraient voir l’esplanade finalisée à cette occasion.
Face à cette situation, certains appellent les autorités à se montrer plus fermes à l’avenir, afin de préserver l’intérêt général. Pour l’heure, la priorité reste la livraison rapide et conforme de cet ouvrage à fort impact urbain et symbolique.
Une confiance à préserver
Ce dossier met en lumière un défi central pour le Gabon nouveau : concilier patriotisme économique et performance opérationnelle. Si la promotion des entreprises nationales reste une nécessité, elle doit s’accompagner d’un haut niveau d’exigence en matière de qualité, de rigueur et de délais. Le développement du pays ne saurait souffrir d’amateurisme, quel que soit le statut du prestataire.

À l’heure de la Vᵉ République, la réussite de projets comme l’esplanade Georges Damas Aleka est perçue comme un test grandeur nature de la capacité des acteurs nationaux à répondre efficacement aux attentes des Gabonais.































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