C’est une petite révolution dans le secteur financier gabonais. Réuni en session ordinaire le 23 octobre 2025, le Conseil des ministres a adopté un projet de texte qui réserve désormais la fonction de Directeur général des établissements de crédit et de microfinance aux citoyens gabonais, sauf dérogation spéciale du Comité National Économique et Financier.
Présentée comme une mesure de souveraineté économique, cette décision marque une inflexion majeure dans la gouvernance du système bancaire national. Elle s’aligne, selon le communiqué du Conseil, sur le cadre réglementaire de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC), instance de supervision du secteur au sein de la CEMAC.
« Le présent projet de loi, pris en application des dispositions de l’article 94 de la Constitution, vise la transformation durable de notre modèle de développement économique dans lequel le secteur bancaire et de la microfinance conservent un rôle clé, notamment pour le financement de l’économie en monnaie locale », souligne le texte officiel.
Un recentrage sur la souveraineté financière
Cette orientation s’inscrit dans la philosophie de redressement économique et institutionnel impulsée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, qui fait de la nationalisation des postes stratégiques un axe de souveraineté et de responsabilité nationale. À travers cette mesure, le gouvernement entend promouvoir une meilleure appropriation du pilotage des flux financiers par des cadres locaux, tout en stimulant la formation et la montée en compétence des professionnels gabonais du secteur.
Mais cette décision, saluée par certains comme un pas vers une économie plus patriotique, pourrait provoquer des remous au sein des institutions concernées. Plusieurs établissements de renom – Union Gabonaise de Banque (UGB), UBA, Ecobank, Finam, entre autres – sont actuellement dirigés par des expatriés. Si la mesure est appliquée sans délai, elle pourrait entraîner une recomposition rapide des équipes dirigeantes et une reconfiguration du paysage financier national.
Une réforme à portée régionale
En adoptant cette disposition, le Gabon rejoint le cercle restreint des pays d’Afrique centrale qui cherchent à renforcer la mainmise nationale sur les organes de décision financière. Une évolution que certains observateurs interprètent comme un signal politique fort : celui d’un État qui entend reprendre le contrôle de ses leviers économiques essentiels tout en s’inscrivant dans le cadre réglementaire régional de la COBAC.
Reste à savoir comment les établissements concernés s’adapteront à cette nouvelle donne. Car au-delà du symbole, cette réforme suppose une transition ordonnée, afin de préserver la stabilité du système financier et la confiance des partenaires internationaux.































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