Depuis la fin de l’année 2023, le Gabon affiche un indicateur rarement mis en avant avec autant d’assurance : 43 224 emplois créés en un peu plus d’un an. Un chiffre officiel, massif, qui s’impose désormais comme l’un des marqueurs les plus tangibles de la Transition conduite par le président Brice Clotaire Oligui Nguema. Dans un pays confronté à une pression sociale forte et à une jeunesse en quête de perspectives, la donnée n’est pas anodine. Elle engage une lecture politique, économique et sociale du moment gabonais.
Lorsque les autorités de Transition placent l’urgence sociale au cœur de leur action, l’emploi devient rapidement un test de crédibilité. Au Gabon, cette équation était d’autant plus sensible que le marché du travail, fragilisé depuis plusieurs années, peinait à absorber les nouveaux entrants. La réponse apportée depuis 2023 se veut pragmatique : recruter là où l’État doit renforcer ses capacités, mais surtout créer les conditions d’un redémarrage de l’emploi privé.
Les chiffres détaillés traduisent cette double stratégie. Sur les 43 224 emplois créés, 15 190 concernent les forces de défense et de sécurité, 6 844 relèvent de l’administration publique civile, tandis que 21 190 proviennent du secteur privé. Une répartition qui marque un tournant : pour la première fois sur une période aussi courte, le privé devient le premier pourvoyeur d’emplois.
Ce basculement est loin d’être anecdotique. Longtemps perçu comme l’employeur central, l’État gabonais semble amorcer un rééquilibrage assumé. Les chantiers d’infrastructures, la relance de certaines filières de services, l’effet d’entraînement de la commande publique et un climat économique jugé plus lisible par les opérateurs expliquent en partie cette dynamique. Sous Oligui Nguema, le discours sur la place du secteur privé commence à se traduire en résultats mesurables.
Les recrutements au sein des forces de défense et de sécurité, eux, répondent à une double logique. Il s’agit à la fois de renforcer les capacités opérationnelles de l’État et d’offrir des débouchés à une frange de la jeunesse souvent exposée au chômage. Ces intégrations massives jouent un rôle de stabilisation sociale, dans un contexte où la sécurité et l’emploi restent intimement liés.
L’administration civile, avec 6 844 emplois créés, avance plus prudemment. Cette modération traduit une volonté de contenir la masse salariale publique, tout en ciblant des secteurs jugés prioritaires : éducation, santé, administration de proximité. Une approche qui tranche avec les recrutements inflationnistes du passé et s’inscrit dans une logique de soutenabilité budgétaire.
Reste une question centrale, que les chiffres bruts ne suffisent pas à épuiser : celle de la qualité des emplois. Nature des contrats, durée, niveau de rémunération, répartition territoriale… Autant de paramètres encore peu documentés, mais essentiels pour apprécier l’impact réel de cette dynamique sur le chômage structurel et le sous-emploi.
Sur le plan macroéconomique, toutefois, le signal est clair. Plus de 43 000 emplois créés en un peu plus d’un an constituent un levier potentiel de relance de la consommation, de réduction des tensions sociales et de restauration de la confiance. Dans un pays où l’emploi est à la fois un enjeu économique et un baromètre de stabilité politique, ces chiffres placent le président Oligui Nguema face à une attente accrue : transformer l’essai.
La promesse semble tenue sur le plan quantitatif. Le défi, désormais, est qualitatif et durable. C’est à cette condition que la politique de l’emploi portée depuis la Transition pourra s’imposer non comme un effet d’annonce, mais comme l’un des legs structurants du pouvoir actuel.































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