Dans une analyse sans concession de la vie politique nationale, Jo Dioumy Moubassango affirme qu’à ce jour, le Gabon ne dispose pas d’un véritable leader de l’opposition. Une position argumentée, nourrie par l’histoire électorale du pays et les résultats chiffrés des grandes consultations présidentielles.
Pour lui, l’opposition ne se décrète pas à coups de prises de parole médiatiques ni sur les plateaux de télévision. Elle se construit autour d’un projet politique cohérent, crédible et adossé à une légitimité électorale incontestable. C’est à cette aune qu’il évalue les figures politiques qui ont, à différents moments, incarné l’opposition gabonaise.
Jo Dioumy Moubassango reconnaît à Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre, une certaine aisance oratoire et une capacité à décrire les dérives du passé, auxquelles il a lui-même participé. Toutefois, il estime que ces qualités ne suffisent pas à lui conférer aujourd’hui le statut de leader de l’opposition. Selon lui, l’ériger prématurément à ce rang risquerait d’étouffer l’émergence de nouvelles figures politiques issues d’une opposition historiquement riche et respectable.
L’honorable rappelle avec force qu’au Gabon, comme ailleurs, le candidat arrivé en deuxième position à l’élection présidentielle est souvent perçu comme le chef naturel de l’opposition. Mais cette reconnaissance, souligne-t-il, doit impérativement reposer sur le poids réel du suffrage populaire.
À titre d’exemple, il évoque la présidentielle de 1993, où Paul Mba Abessole avait officiellement recueilli 26,54 % des voix face à Omar Bongo, déclaré vainqueur avec 51,20 %. Dans un scrutin largement contesté, Mba Abessole aurait pu, selon certaines lectures, revendiquer près de 48,80 % des suffrages, installant une quasi cohabitation politique au sommet de l’État.
En 2009, la dynamique de l’opposition est encore plus marquée. André Mba Obame (25,88 %) et Pierre Mamboundou (25,22 %) totalisent ensemble la majorité des suffrages exprimés, s’imposant sans ambiguïté comme les figures dominantes de l’opposition de l’époque, avec une forte emprise populaire.
Même schéma en 2016, lors du duel entre Ali Bongo Ondimba et Jean Ping. Malgré la victoire proclamée d’Ali Bongo avec 50,66 % contre 48,23 % pour Jean Ping, ce dernier s’est imposé, dans les faits, comme le chef incontesté de l’opposition, au point de compliquer l’exercice du pouvoir du président déclaré élu.
2025 : un score sans équivoque
S’agissant de la présidentielle du 12 avril 2025, Jo Dioumy Moubassango estime que les chiffres parlent d’eux-mêmes. Brice Clotaire Oligui Nguema, porté par le coup de libération du 30 août 2023, l’emporte avec 94,85 % des suffrages, face à Alain-Claude Bilie-By-Nze, crédité de 3,11 %. Un score bien en deçà du seuil de 10 % requis pour le remboursement partiel de la caution électorale, entraînant la perte des 30 millions de francs CFA versés par le candidat malheureux.
Au regard de ces résultats, l’auteur juge impossible de qualifier Alain-Claude Bilie-By-Nze de leader de l’opposition gabonaise. Une telle prétention serait, selon lui, une offense à l’héritage politique des grandes figures de l’opposition et une entrave potentielle à l’émergence de nouveaux leaders, notamment parmi les jeunes acteurs politiques intègres.
Jo Dioumy Moubassango nuance toutefois son propos en reconnaissant à Alain-Claude Bilie-By-Nze un autre statut : celui de leader de la contestation médiatique. Une position qu’il estime légitime au regard de sa forte présence dans l’espace public et médiatique, mais qui ne saurait se confondre avec un leadership politique fondé sur les urnes.
L’auteur rappelle une maxime qu’il revendique comme sienne : « Aucun acteur politique ne saurait prétendre à une stature supérieure à celle que lui confèrent les résultats de sa dernière élection. » Une sentence qui résume, selon lui, toute la problématique actuelle de l’opposition gabonaise.































Discussion about this post