Depuis plusieurs années, le Gabon est secoué par une succession d’affaires de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent impliquant des responsables investis de l’autorité de l’État. Malgré les discours officiels, les dispositifs juridiques existants et les annonces de lutte contre l’impunité, le phénomène demeure profondément enraciné, nourrissant une défiance persistante entre gouvernants et gouvernés.
Face à cette réalité, certaines voix s’élèvent en dehors des cercles institutionnels pour proposer des réponses alternatives, parfois radicales. Parmi elles, celle du Chocolat des filles, figure culturelle connue pour son engagement en faveur des traditions africaines et de la restauration des valeurs endogènes.
Dans une prise de position tranchée, l’artiste et militant culturel estime que si les auteurs de ces crimes économiques avaient été des hommes ayant juré sur les ancêtres et les entités traditionnelles du pays, nombre d’entre eux auraient déjà été arrêtés ou se seraient retenus d’agir. Pour lui, le problème n’est pas seulement juridique, il est avant tout moral et spirituel.
Une proposition radicale : le serment traditionnel pour les autorités
De ce constat découle une proposition forte : imposer à toutes les autorités publiques un serment solennel prêté sur les traditions, les entités spirituelles et les valeurs ancestrales du Gabon, avec un engagement explicite à ne jamais trahir la Nation, sous peine de sanctions symboliques et spirituelles allant jusqu’au péril de leur propre vie.
Ce serment, dans l’esprit de son initiateur, serait un prolongement culturel et symbolique du serment présidentiel de mai 2025, qui avait marqué une rupture dans la solennité et la portée morale de l’engagement du Chef de l’État. Il s’agirait de replacer la parole donnée au centre de l’action publique, dans une société où la honte, la peur de la transgression sacrée et le regard des ancêtres avaient historiquement un poids régulateur puissant.
Un symbole fort… mais est-ce suffisant ?
La question centrale demeure : un tel serment pourrait-il réellement mettre fin aux détournements et à la mauvaise gestion des biens de l’État ?
La réponse appelle à la nuance.
Sur le plan symbolique, une telle démarche aurait un impact fort. Elle pourrait contribuer à :
– Réhabiliter la dimension morale et sacrée de la fonction publique ;
– Rappeler que gouverner est un devoir, non une rente ;
– Renforcer le lien entre l’État moderne et les fondements culturels de la société gabonaise.
Cependant, sur le plan structurel, un serment, aussi solennel soit-il, ne saurait remplacer :
– Des institutions de contrôle indépendantes et efficaces ;
– Une justice réellement dissuasive et appliquée sans distinction ;
– Des mécanismes transparents de gestion des finances publiques ;
Une culture administrative fondée sur la reddition des comptes.
En d’autres termes, le serment traditionnel pourrait être un levier éthique complémentaire, mais non une solution unique. Sans sanctions juridiques réelles, sans enquêtes sérieuses et sans poursuites effectives, il risquerait de demeurer un acte symbolique, vidé de sa force dans un système où l’impunité persiste.
Vers une synthèse entre tradition et État moderne ?
La proposition du Chocolat des filles a néanmoins le mérite de poser une question essentielle : comment réconcilier l’État gabonais avec ses valeurs profondes pour restaurer la confiance et la probité ?
La réponse pourrait se trouver dans une approche hybride :
– Un État fort par le droit et les institutions ;
– Un leadership exemplaire par la morale et la parole donnée ;
– Une intégration assumée des valeurs culturelles comme socle éthique de l’action publique.
Car au fond, ce n’est pas seulement la peur de la sanction qui freine la corruption, mais aussi la conscience de trahir quelque chose de plus grand que soi : la Nation, son histoire et ses générations futures.






























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