Le signal est clair : le Gabon ne veut plus rester un géant touristique en sommeil. À l’heure où plusieurs économies africaines misent sur le tourisme comme levier de diversification, Libreville entend sortir de la marginalité statistique pour bâtir une industrie structurée, rentable et créatrice d’emplois. Et pour cela, le président Brice Clotaire Oligui Nguema assume une stratégie pragmatique : s’appuyer sur des modèles africains qui fonctionnent.
À Rabat, la ministre marocaine du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, a échangé avec l’ambassadeur gabonais Abdelaziz Branly Oupolo autour d’un futur mémorandum d’entente destiné à structurer la coopération bilatérale dans le secteur. Derrière la diplomatie classique, c’est une véritable feuille de route stratégique qui se dessine.
Le choix d’un modèle continental performant
Le Gabon ne s’y trompe pas. Le Royaume chérifien s’est imposé comme une référence africaine en matière de développement touristique. Selon l’Organisation mondiale du tourisme, le Maroc a accueilli près de 20 millions de visiteurs en 2025, devenant la première destination du continent et consolidant le tourisme comme principale source de devises du pays.
Cette performance n’est pas le fruit du hasard. Elle repose sur une planification stratégique, une montée en gamme de l’offre, une politique agressive de promotion internationale et un investissement massif dans la formation des compétences.
C’est précisément ce savoir-faire que Libreville souhaite observer, adapter et internaliser.
Une vision présidentielle assumée
Depuis son arrivée au pouvoir, Oligui Nguema multiplie les signaux en faveur de la diversification économique. L’exploitation pétrolière et minière ne peut plus constituer l’unique colonne vertébrale du modèle gabonais. Le tourisme apparaît comme un secteur naturel de croissance, compte tenu de la richesse exceptionnelle des parcs nationaux, du littoral atlantique et du patrimoine culturel du pays.
Mais le potentiel brut ne suffit pas. Il faut structurer les filières, professionnaliser les acteurs, améliorer la qualité des infrastructures et sécuriser l’environnement des investissements. C’est là que le partenariat avec Rabat prend tout son sens.
Une coopération à fort effet de levier
Le futur mémorandum d’entente pourrait couvrir plusieurs axes stratégiques : formation des cadres, gestion des destinations, marketing territorial, normalisation des standards hôteliers et renforcement des capacités institutionnelles.
Pour le Gabon, l’enjeu est double. D’une part, capter une part plus significative des flux touristiques africains et internationaux. D’autre part, faire du tourisme un moteur d’emplois, notamment pour les jeunes, dans les zones rurales et côtières.
Ce repositionnement s’inscrit dans une logique plus large de transformation économique impulsée au sommet de l’État : industrialisation, transformation locale, digitalisation des services publics et désormais montée en puissance du tourisme.
Le défi de la crédibilité
Reste une question centrale : le Gabon saura-t-il transformer l’ambition en résultats mesurables ? L’expérience africaine montre que les stratégies touristiques échouent lorsqu’elles restent déclaratives. Elles réussissent lorsqu’elles s’appuient sur des investissements cohérents, une stabilité réglementaire et une gouvernance efficace.
En se tournant vers le Maroc, Oligui Nguema choisit l’apprentissage stratégique plutôt que l’improvisation. C’est un pari rationnel. Mais il devra s’accompagner d’une discipline d’exécution rigoureuse.
Si la coopération se concrétise et que les réformes suivent, le Gabon pourrait franchir un cap décisif. Non plus seulement comme destination écologique de niche, mais comme acteur touristique structuré sur l’échiquier africain.
Le cap est posé : faire du tourisme un pilier économique crédible. Reste à transformer l’essai.






























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