Le fonds Bosch Capital hausse le ton et réclame à Libreville plus de 300 millions de dollars au titre d’une créance acquise auprès de Paramount Group. Mais le Gabon refuse de céder à la pression. Pour les autorités, cette dette est issue d’un contrat signé en 2014, sous Ali Bongo Ondimba, dont les conditions de conclusion et surtout d’exécution soulèvent de sérieuses interrogations. Sous Brice Clotaire Oligui Nguema, qui n’était pas Président à cette période, la ligne est claire : l’État ne paiera pas à l’aveugle et entend faire examiner chaque obligation devant les juridictions compétentes.
Le bras de fer entre le Gabon et l’écosystème Paramount Group connaît un nouvel épisode. Le 24 août, Bosch Capital, fonds qui affirme avoir acquis en 2025 les droits sur une créance de Paramount, a adressé à Libreville une mise en demeure réclamant le paiement d’environ 330 millions de dollars avant le 3 septembre. Le fonds menace, à défaut de règlement, d’informer les agences de notation, les investisseurs, les banques et différents acteurs des marchés financiers d’un prétendu refus du Gabon de s’acquitter d’une dette souveraine. Mais du côté gabonais, le dossier est loin d’être aussi simple.
Libreville conteste la lecture selon laquelle il suffirait de présenter une créance pour obtenir le paiement de plusieurs centaines de millions de dollars. Le gouvernement entend revenir à l’origine du contrat, vérifier les prestations effectivement fournies et déterminer ce qui est juridiquement dû à l’État. Et sur un point, la position gabonaise est sans ambiguïté : Brice Clotaire Oligui Nguema n’a jamais signé le contrat Paramount.
Un contrat signé sous Ali Bongo, pas sous Oligui Nguema
Le contrat à l’origine du litige remonte au 24 janvier 2014. À cette époque, le Gabon était dirigé par Ali Bongo Ondimba. Brice Clotaire Oligui Nguema n’était pas président de la République et n’était donc aucunement partie prenante à la conclusion de cet engagement. Le contrat portait notamment sur la maintenance et l’exploitation de la flotte aérienne de l’État gabonais. Il s’inscrivait dans une relation plus large avec Paramount Group, groupe sud-africain spécialisé dans les équipements de défense. C’est donc un engagement hérité que le pouvoir actuel doit aujourd’hui gérer. Mais pour Libreville, hériter d’un contrat ne signifie pas accepter automatiquement toutes les prétentions financières qui en découlent. Le gouvernement veut d’abord savoir ce qui a réellement été livré et exécuté.
Des Mirage, mais où sont les capacités gabonaises promises ?
C’est l’une des principales interrogations soulevées par la partie gabonaise. Paramount Group avait notamment vendu au Gabon des appareils militaires de type Mirage. Or, au-delà de la valeur des équipements, le contrat devait également permettre au pays de renforcer ses propres capacités. Une question demeure donc : où sont aujourd’hui ces appareils ? Et surtout : combien de pilotes gabonais ont été effectivement formés au pilotage de ces aéronefs ? Combien de mécaniciens gabonais ont été formés pour assurer leur maintenance ? La réponse est particulièrement préoccupante : aucun.
Autrement dit, le Gabon aurait payé pour une prestation qui devait aussi contribuer au développement de son autonomie technique, sans bénéficier du transfert de compétences attendu. Les appareils auraient, dans les faits, été pris en charge par des équipes sud-africaines. Si tel est le cas, l’interrogation est légitime : peut-on réclamer aujourd’hui plusieurs centaines de millions de dollars au Gabon sans répondre d’abord de l’ensemble des obligations prévues par le contrat ? C’est précisément ce que Libreville entend établir.
Le Gabon ne nie pas les paiements, il questionne la dette
La position du gouvernement mérite ici d’être distinguée d’un simple refus de payer. Des virements ont bien été effectués. La question posée par les autorités porte donc sur la nature exacte du solde réclamé, sur les prestations correspondantes et sur la conformité de l’ensemble de l’opération.
Le ministre délégué chargé du Budget, Marc Abeghe, l’a rappelé dans ses échanges avec Bosch Capital : le Gabon attache de l’importance au respect de ses engagements financiers, mais les conditions de signature et d’exécution du contrat conclu en 2014 soulèvent, selon lui, « de très sérieux indices d’atteinte à nos lois et à l’ordre public international ».
La démarche est donc celle d’un État qui entend auditer son passé contractuel avant d’engager l’argent public. Mayfer, la maison de Londres : des questions auxquelles le Gabon veut des réponses. Autre élément qui mérite d’être éclairci : le rôle attribué à la société Paramount dans certaines opérations.
Selon les éléments avancés dans le dossier, cette société aurait notamment servi de garant dans l’acquisition d’une maison d’Ali Bongo Ondimba à Londres. Si cette implication est confirmée, le rapprochement appelle nécessairement des explications. Pourquoi une société évoluant dans l’environnement des transactions liées à l’armement se retrouve-t-elle associée à une opération immobilière privée concernant l’ancien président gabonais ?
La question ne permet évidemment pas, à elle seule, de conclure à l’existence d’un blanchiment. Une telle qualification relève de la justice et doit être démontrée par des éléments probants. Mais pour les autorités gabonaises, elle justifie que les flux financiers, les bénéficiaires et les différentes opérations soient examinés avec précision. Là encore, Libreville ne demande qu’une chose : la lumière sur les faits. Pourquoi céder la créance à un fonds ? Le Gabon s’interroge également sur le changement de créancier. Paramount aurait cédé sa créance à Bosch Capital en 2025. Depuis, c’est ce fonds qui exerce une pression croissante sur Libreville.
Pour les autorités gabonaises, cette situation ne dispense pas Paramount de répondre des conditions dans lesquelles le contrat initial a été conclu et exécuté. Une question peut donc être posée : si Paramount estime détenir une créance parfaitement fondée, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout du contentieux devant les juridictions compétentes ?
Le Gabon, lui, se dit prêt à défendre sa position devant la justice. Allons au tribunal. C’est là que devront être produits les contrats, les factures, les preuves de livraison, les justificatifs de paiement, les rapports de maintenance, les éléments de formation et l’ensemble des pièces permettant d’établir la réalité de la créance.
Oligui Nguema refuse de reconduire un modèle contesté
Cette fermeté s’est également manifestée lorsque Paramount aurait proposé aux autorités gabonaises de renouveler le contrat en échange notamment de nouveaux Mirage. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema aurait refusé. La raison est simple : le chef de l’État ne souhaite pas reconduire un engagement dont l’exécution passée suscite autant d’interrogations.
Cette position s’inscrit dans une logique plus large de rupture avec certaines pratiques contractuelles héritées de l’ancien système. Le principe défendu par Libreville est désormais celui de la souveraineté : l’État doit savoir ce qu’il achète, ce qu’il paie et ce qu’il reçoit.
Une première victoire judiciaire qui renforce Libreville
Surtout, le Gabon n’aborde pas ce nouveau bras de fer sans précédent judiciaire. Le 6 février 2026, dans une procédure arbitrale internationale opposant l’État gabonais à Paramount Logistics Corporation Limited, le tribunal arbitral a rejeté l’ensemble des demandes de la société britannique, qui réclamait près de 370 millions de dollars au Gabon. La juridiction a en outre condamné la société à verser 72 millions de francs CFA à l’État gabonais au titre des frais de procédure.
Cette décision constitue une victoire importante pour Libreville et pour l’Agence judiciaire de l’État, qui a assuré la défense du Gabon dans cette bataille. Elle démontre surtout que les prétentions financières de Paramount ne constituent pas, en elles-mêmes, une dette automatiquement exigible. Chaque demande doit être examinée au regard des contrats et du droit applicable. Le Gabon ne fuit pas le contentieux : il l’assume. C’est finalement la ligne de défense de Libreville.
Le gouvernement ne cherche pas à se soustraire aux engagements de l’État gabonais. Il conteste plutôt l’idée selon laquelle la nouvelle République devrait régler sans discussion des centaines de millions de dollars au titre d’un contrat ancien dont l’exécution est aujourd’hui remise en cause.
Le Gabon veut des comptes. Des comptes sur les Mirage. Des comptes sur la maintenance. Des comptes sur les formations promises. Des comptes sur les paiements effectués.
Des comptes sur les sociétés impliquées. Des comptes sur la réalité de la créance aujourd’hui détenue par Bosch Capital. Et surtout, des comptes sur un contrat que Brice Clotaire Oligui Nguema n’a jamais signé.
Le chef de l’État actuel n’était pas aux commandes lorsque l’accord a été conclu. Il est en revanche aujourd’hui responsable de la défense des intérêts du Gabon. Son choix est donc de ne pas céder à l’ultimatum. Si la dette est juridiquement établie, l’État devra assumer ses responsabilités. Mais si elle ne l’est pas, le contribuable gabonais n’a aucune raison de payer plusieurs centaines de millions de dollars sur la seule base d’une pression financière.
Le président Oligui Nguema a fait du contrôle des contrats, de la protection des intérêts nationaux et de la reddition des comptes l’un des marqueurs de la nouvelle gouvernance. Dans le dossier Paramount, cette doctrine trouve une traduction particulièrement concrète : avant de payer, le Gabon veut savoir. Et si nécessaire, il est prêt à se battre devant les tribunaux pour le démontrer. Allons donc au tribunal. C’est là, et non dans les lettres d’ultimatum, que la vérité sur cette créance devra être établie.






























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