L’audience entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et l’ambassadeur de France au Gabon, Fabrice Mauriès, n’avait rien d’une simple courtoisie diplomatique. Elle s’inscrit dans le prolongement direct de la visite d’Emmanuel Macron à Libreville fin novembre, au cours de laquelle les deux capitales avaient acté la nécessité de refonder leur partenariat sur des bases plus équilibrées.
Le ton, désormais, est sans ambiguïté : la coopération ne peut plus se limiter à des échanges commerciaux classiques ou à des déclarations d’intention. Elle doit produire de la transformation locale, de l’industrialisation et des emplois. Elle doit générer des résultats mesurables.
100 % de transformation locale : un choix stratégique
Le cœur des discussions a porté sur le manganèse, pilier de l’économie gabonaise. Décision majeure du chef de l’État : atteindre 100 % de transformation locale d’ici 2029. Autrement dit, réduire drastiquement l’exportation brute pour capter la valeur ajoutée sur le sol national.
Cette orientation impacte directement la Compagnie Minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe français Eramet, acteur central de la filière. Transformer localement, ce n’est pas seulement raffiner ou agglomérer davantage ; c’est structurer une chaîne industrielle complète : énergie, logistique, formation technique, sous-traitance locale.
Pour Libreville, il s’agit d’un changement de modèle. Sortir d’une logique purement extractive pour entrer dans une dynamique industrielle. En clair : partenariat oui, dépendance non.
Environnement et services essentiels : des chantiers concrets
Le dialogue bilatéral ne se limite pas au secteur minier. Le groupe français Suez est mobilisé pour accompagner la fermeture progressive et la réhabilitation sécurisée de la décharge saturée de Mindoubé, enjeu sanitaire et environnemental crucial pour le Grand Libreville. L’entreprise intervient également en appui au réseau de distribution d’eau, aux côtés de la SEEG, dans une logique de transfert de compétences et d’amélioration des performances techniques.
Dans le secteur minier, la dynamique d’investissement s’élargit. Si Eramet demeure un acteur clé, l’intérêt d’investisseurs liés au groupe Bouygues témoigne d’une volonté de renforcer les projets productifs. Ce ne sont pas des gestes symboliques : ce sont des signaux économiques qui traduisent un repositionnement stratégique.
Un partenariat sous conditions de résultats
Ce qui se dessine est clair : la coopération franco-gabonaise s’organise désormais autour de trois piliers structurants, respect de la souveraineté, industrialisation locale et développement des compétences.
La transformation intégrale du manganèse d’ici 2029 représente un pari ambitieux. Si les infrastructures énergétiques suivent, si la formation technique est renforcée et si la chaîne logistique est modernisée, l’impact pourrait être considérable : milliers d’emplois directs et indirects, montée en compétence de la main-d’œuvre nationale, élargissement de l’assiette fiscale et consolidation d’un tissu industriel local.
Mais l’équation est exigeante. Elle suppose discipline contractuelle, stabilité réglementaire et investissements massifs. Elle suppose aussi une vigilance politique constante pour que les engagements annoncés se traduisent en unités industrielles opérationnelles.
La relation franco-gabonaise n’est plus jugée à l’aune de sa solidité historique. Elle sera évaluée sur sa capacité à produire des usines, des centres de formation, des infrastructures modernes et une valeur ajoutée captée localement.
Le cap est posé par Libreville. À Paris comme à Libreville, le partenariat entre dans une phase de vérité : celle des réalisations concrètes.






























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