La déclaration vidéo d’Ali Bongo Ondimba sur l’affaire des « biens mal acquis » a provoqué une nouvelle réaction dans le débat public gabonais. Invité sur Gabon 24, le sénateur Marc Ona Essangui a apporté ses propres éclaircissements, contestant l’idée selon laquelle la procédure actuelle constituerait une remise en cause nouvelle de la mémoire d’Omar Bongo Ondimba.
La controverse autour des « biens mal acquis » prend désormais une dimension ouvertement mémorielle. Dans une récente déclaration vidéo, Ali Bongo Ondimba a dénoncé ce qu’il considère comme une atteinte à la mémoire de son père, l’ancien président Omar Bongo Ondimba, dans le cadre de la procédure judiciaire menée en France.
Une prise de parole à laquelle Marc Ona Essangui a choisi de répondre. Sur le plateau de Gabon 24, le sénateur et ancien acteur de la société civile a livré une lecture différente du dossier, en invitant à replacer la polémique dans son contexte politique et historique.
Pour Marc Ona, la question ne peut pas être abordée uniquement sous l’angle de la défense de la mémoire d’Omar Bongo. Il estime nécessaire de regarder également les décisions prises au cours des différentes périodes politiques et leur impact sur les symboles et les éléments matériels associés à l’ancien chef de l’État.
Marc Ona remet la chronologie au centre du débat
L’un des principaux éclaircissements apportés par le sénateur concerne la participation de l’État gabonais à la procédure française.
Contrairement à l’idée d’une démarche exclusivement portée par les autorités actuelles, la République gabonaise s’était constituée partie civile dans cette procédure sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba. Cet élément de chronologie constitue, pour Marc Ona Essangui, un point essentiel pour comprendre la séquence actuelle.
La justice française a par ailleurs clôturé son instruction en 2025. Ali Bongo n’a pas été mis en examen dans cette procédure. La question judiciaire et la question mémorielle doivent donc, selon cette lecture, être distinguées.
Pour le sénateur, l’enjeu consiste à ne pas présenter la procédure comme une initiative née avec les autorités actuelles, mais à rappeler son histoire et les positions successives de l’État gabonais.
« Qui a réellement préservé la mémoire d’Omar Bongo ? »
C’est sur le terrain de la mémoire que Marc Ona Essangui développe ensuite son principal argument.
En réponse à Ali Bongo, il évoque plusieurs décisions prises durant la présidence de ce dernier qui, selon lui, auraient contribué à modifier ou à faire disparaître certains marqueurs associés à l’héritage d’Omar Bongo.
Il cite notamment la résidence privée familiale d’Omar Bongo, dont la cession à l’État gabonais constitue, à ses yeux, un élément important de cette réflexion. Il évoque également la Cité de la Démocratie, dont la disparition est présentée par le sénateur comme une perte d’un symbole architectural et politique majeur de l’époque Bongo.
C’est dans ce contexte qu’il formule sa déclaration la plus polémique : « S’il y a une personne qui a le plus contribué à effacer la mémoire de son père, c’est Ali Bongo. Les faits sont là ».
Cette affirmation relève de l’analyse et du jugement politique de Marc Ona Essangui. Elle constitue le cœur de sa réponse à l’ancien président et vise à retourner la question posée par Ali Bongo : la mémoire d’Omar Bongo aurait-elle été davantage préservée par les autorités actuelles que par celles qui lui ont succédé directement ?
Le Palais des Congrès comme symbole
Marc Ona Essangui établit notamment un contraste avec certaines actions entreprises depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Il cite la rénovation du Palais des Congrès, qui conserve le nom d’Omar Bongo Ondimba, comme l’un des exemples de préservation d’un symbole lié à l’ancien chef de l’État.
Dans la lecture du sénateur, ce choix traduit une approche différente de la mémoire historique : conserver certains symboles du passé tout en permettant à la République de poursuivre son travail sur les questions patrimoniales et judiciaires.
Cette distinction permet également de déplacer le débat. Pour Marc Ona, préserver la mémoire d’un ancien président ne signifie pas nécessairement soustraire son époque à l’examen historique, politique ou judiciaire.
Une réponse qui dépasse la polémique familiale
À travers son intervention, Marc Ona Essangui cherche ainsi à élargir le débat au-delà de la seule relation entre Ali Bongo et son père.
Son raisonnement repose sur une question centrale : qu’est-ce qui constitue réellement l’héritage d’un ancien président ?
Est-ce son patrimoine privé ? Les infrastructures construites pendant son règne ? Les institutions qu’il a contribué à mettre en place ? Les symboles architecturaux ? La mémoire collective ? Ou encore les valeurs politiques associées à son époque ?
En ramenant ces différents éléments dans la discussion, le sénateur entend rappeler que la mémoire d’Omar Bongo appartient désormais à l’histoire du Gabon et ne peut être réduite à une seule lecture familiale ou politique.
Le débat est désormais ouvert
La sortie d’Ali Bongo aura donc eu pour effet de relancer une discussion plus ancienne sur l’héritage de son père. Mais la réponse de Marc Ona Essangui lui donne une nouvelle profondeur.
En rappelant la chronologie de la procédure des « biens mal acquis », en évoquant les décisions prises sous Ali Bongo concernant certains symboles de l’ère Omar Bongo et en soulignant les choix opérés aujourd’hui par les autorités de transition, le sénateur propose une lecture différente de la question mémorielle.
Au-delà de la procédure judiciaire, c’est donc une bataille de récits qui se dessine : quelle mémoire d’Omar Bongo le Gabon souhaite-t-il conserver, et qui doit en écrire le récit ?
Avec son intervention sur Gabon 24, Marc Ona Essangui apporte sa réponse : avant de parler d’une supposée disparition de la mémoire d’Omar Bongo, il faut, selon lui, regarder les actes posés par ceux qui ont successivement exercé le pouvoir et confronter les discours aux faits.































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