
Lorsqu’elle lance la Fondation Ma Bannière en février 2024, Zita Oligui Nguema choisit d’entrer sur le terrain sans attendre les longs temps institutionnels. Quelques semaines à peine après sa création, la structure distribue déjà des kits d’accouchement dans plusieurs maternités du pays. Un signal fort : agir vite, concrètement, et là où les fragilités sociales se voient le plus.
Depuis, la fondation s’est progressivement imposée comme l’un des instruments sociaux les plus visibles de la nouvelle dynamique impulsée au Gabon. Derrière les chiffres affichés, c’est surtout une philosophie d’action qui se dessine : intervenir au plus près des fractures sociales pour empêcher qu’une partie de la jeunesse ne décroche définitivement.
Transformer les vulnérabilités en trajectoires de reconstruction
La ligne portée par la Fondation Ma Bannière repose sur une idée simple : la vulnérabilité sociale n’est pas une fatalité irréversible. À travers sa devise, « transformer les obstacles en opportunités », la structure défend une approche qui dépasse l’assistance ponctuelle. L’objectif affiché est de restaurer l’estime de soi, recréer des perspectives et remettre les jeunes fragilisés dans une dynamique d’autonomie.
Dans un contexte où le chômage, les addictions et les ruptures sociales touchent une partie importante de la jeunesse africaine, cette orientation traduit une volonté de traiter les causes profondes de l’exclusion plutôt que ses seuls symptômes.
Une action sociale à grande échelle
En un peu plus d’un an d’activité, les chiffres avancés donnent la mesure de l’ampleur du dispositif déployé. Plus de 147 000 élèves et étudiants ont été sensibilisés aux risques liés aux addictions. En parallèle, plus de 100 000 jeunes auraient bénéficié d’un accompagnement psychologique, tandis que 5 000 kits scolaires ont été distribués afin de soutenir les parcours éducatifs.
Sur le volet sanitaire et maternel, 42 000 femmes ont reçu des kits d’accouchement et bénéficié d’un accompagnement renforcé. Mais derrière ces statistiques, l’enjeu est plus large : reconstruire une forme de confiance sociale dans des territoires parfois confrontés à la précarité, au décrochage scolaire ou à la marginalisation.
Le projet de Nkok : réinsérer plutôt qu’exclure
Parmi les initiatives les plus ambitieuses figure le futur centre de Nkok, conçu comme un espace intégré de réinsertion sociale et professionnelle. Le projet combine plusieurs dimensions rarement réunies dans un même dispositif : désintoxication, suivi psychologique, hébergement sécurisé et apprentissage professionnel.
Destiné aux jeunes confrontés aux addictions ou à la rupture sociale, le centre ambitionne d’accompagner jusqu’à 200 jeunes par an à travers des formations dans des secteurs porteurs tels que le BTP, la menuiserie, la couture ou l’audiovisuel. Cette approche révèle une orientation stratégique claire : faire de la réinsertion économique un pilier central de la stabilisation sociale.
Car sans accès à un métier ni perspective d’autonomie financière, les politiques sociales restent souvent limitées dans leurs effets à long terme.
Biblio’ZON : l’éducation qui descend dans les quartiers
Autre projet structurant : le programme Biblio’ZON, qui vise à installer des bibliothèques de proximité dans plusieurs arrondissements de Libreville et d’autres communes du pays.
L’idée dépasse le simple accès au livre. Ces espaces sont pensés comme des lieux de citoyenneté, de soutien scolaire et d’apprentissage collectif, avec accès à internet, ateliers d’écriture et accompagnement éducatif.
Cette initiative traduit une conviction portée par Zita Oligui Nguema : l’éducation ne peut plus être confinée à l’école seule. Elle doit s’ancrer dans les quartiers, dans les espaces communautaires et dans la vie quotidienne des jeunes.
Une Première dame qui construit sa propre empreinte sociale
À travers Ma Bannière, la Première dame gabonaise construit progressivement une identité publique distincte, centrée sur les questions sociales, éducatives et sanitaires. Loin des fondations essentiellement protocolaires parfois observées ailleurs, la structure cherche à occuper un espace opérationnel, visible et mesurable.
Les cinq axes d’intervention, éducation, employabilité, santé, prévention et soutien aux groupes vulnérables, dessinent une stratégie cohérente de prise en charge des fragilités sociales.
Une vision sociale de la refondation
L’action de Ma Bannière s’inscrit également dans le récit plus large de « refondation » porté depuis 2023 par les nouvelles autorités gabonaises.
L’idée défendue est que la transformation du pays ne peut pas se limiter aux infrastructures, aux institutions ou aux équilibres macroéconomiques. Elle doit aussi concerner les trajectoires humaines, notamment celles des jeunes les plus exposés à la marginalisation. Dans cette logique, chaque parcours restauré devient un symbole politique autant qu’un résultat social.
Une fondation devenue acteur public de proximité
En un peu plus d’un an, Ma Bannière est passée du statut de nouvelle fondation à celui d’acteur social identifié dans plusieurs secteurs sensibles : santé maternelle, addictions, soutien psychologique, réinsertion ou accès à l’éducation.
Son développement rapide montre aussi l’importance croissante prise par les dispositifs hybrides mêlant action publique, engagement associatif et partenariats privés dans les politiques sociales africaines contemporaines.
Pour le Gabon, l’enjeu dépasse désormais la simple assistance. Il s’agit de construire des mécanismes capables de redonner à une partie de la jeunesse des outils concrets pour reprendre pied durablement dans la société. Et c’est précisément sur ce terrain que la Fondation Ma Bannière tente aujourd’hui de bâtir sa légitimité.































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