
Alors que les transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), prennent des tournures de plus en plus autoritaires, le Gabon, sous la conduite du Général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, se démarque par une trajectoire que certains analystes qualifient de plus respectueuse des principes démocratiques.
Pourtant, plusieurs activistes et autres chantres des théories du complot, souvent enclins à des comparaisons hâtives, dépeignaient fortement le modèle gabonais, tout en encensant ceux en cours dans le Sahel. Mais à l’exploration des faits quelques années plus tard, le constat est tout autre sauf à vouloir faire preuve de mauvaise foi.
AES : une confiscation du pouvoir sous couvert de refondation
Tenez, à Bamako, la récente phase nationale des consultations des forces vives a officialisé une rupture brutale avec le pluralisme politique. La dissolution pure et simple des partis, la suspension des élections, et surtout l’investiture du général Assimi Goïta pour un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable, sonnent comme un coup d’arrêt net à toute perspective démocratique.
Ce virage autoritaire déjà en marche au Burkina Faso, qui s’inscrit dans une tendance régionale marquée par l’émergence de pouvoirs militaires non élus, vide de sa substance l’idée même de souveraineté populaire.
Ces processus, s’ils se parent du vernis de la légitimité révolutionnaire, reposent en réalité sur une confiscation du pouvoir au nom d’une stabilité promise, mais encore hypothétique. À l’inverse de ce que prétend leur rhétorique, ces régimes ne rendent pas le pouvoir au peuple : ils s’y installent durablement, verrouillant tout accès à l’alternance.
Le cas gabonais diffère fondamentalement et c’est un euphémisme de le dire ainsi. Si la transition ouverte le 30 août 2023 n’est pas exempte de critiques, notamment sur la lenteur dans l’exécution de certains projets, elle se distingue néanmoins par une volonté affichée de respecter les engagements pris devant le peuple et la communauté internationale. Le Président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, n’a cessé de rappeler son attachement à un retour à l’ordre constitutionnel par les urnes, et ce, dans un délai défini. Le 12 avril le pays a choisi dans le calme, la paix et la liberté son quatrième Président.
Contrairement à ses homologues sahéliens, il n’a jamais cherché à concentrer durablement les leviers du pouvoir entre ses seules mains. Au Gabon, les partis politiques continuent de fonctionner. Les libertés fondamentales, bien qu’encadrées, ne sont pas purement et simplement abolies. Mieux : le dialogue national inclusif organisé récemment à Libreville a permis d’associer les forces vives de la Nation à la construction d’une nouvelle architecture institutionnelle.
Alors que, dans le Sahel, les juntes mettent en place des systèmes politiques fermés, verrouillant toute critique et interdisant l’alternance, le Gabon maintient, tant bien que mal, les balises de la démocratie. Il ne s’agit pas ici d’idéaliser la transition gabonaise, mais de reconnaître objectivement ses différences structurelles avec les modèles sahéliens.
L’analyse du Président français Emmanuel Macron, bien qu’impopulaire dans certaines sphères africaines, prend ici tout son sens : « les militaires au pouvoir ne sont pas pressés d’organiser des élections ». Une remarque qui s’applique de façon frappante aux régimes de l’AES, mais beaucoup moins au cas gabonais.
Si comparaison, il doit y avoir, elle ne saurait être faite sur la base de slogans ou de ressentiments idéologiques. Elle doit reposer sur des faits : liberté de la presse, pluralisme politique, calendrier électoral, engagement au dialogue national. Et sur ces plans, la méthode Oligui Nguema, bien que perfectible, reste, à ce jour, plus conforme aux règles du jeu démocratique que les dictatures à ciel ouvert que certains encensent sans recul critique.
Le Gabon n’est ni le Mali, ni le Niger, ni le Burkina Faso. Et c’est tant mieux. Comparer, oui, mais comprendre les différences fondamentales, c’est encore mieux. Car à vouloir tout niveler, on finit par nier les efforts là où ils existent encore.































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