À mesure que s’installe la Ve République, le pouvoir gabonais affine son architecture stratégique. Ce 25 février, au Palais du bord de mer, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette MVONO. Au cœur des échanges : le futur Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, appelé à devenir la matrice de l’action publique pour le septennat en cours.
Dans un pays longtemps confronté aux à-coups de la rente pétrolière et aux déséquilibres territoriaux, l’exercice n’a rien d’un simple rituel administratif. Il s’agit, pour l’exécutif, d’asseoir une doctrine de transformation lisible, cohérente et mesurable. « Planifier, c’est gouverner », résume un proche du dossier. Le PNCD, présenté comme un instrument de pilotage et non comme un catalogue de promesses, entend fixer un cap clair : moderniser les infrastructures essentielles, investir dans le capital humain et accélérer la diversification économique.
Infrastructures : réparer, étendre, structurer
Le diagnostic est connu : déficit d’accès à l’eau potable et à l’électricité dans certaines zones, réseaux routiers inégaux, équipements publics vieillissants. Le PNCD entend y répondre par une programmation priorisée des investissements. Routes structurantes, établissements de santé, écoles, bâtiments administratifs : l’ambition affichée est de passer d’une logique d’urgence à une logique d’anticipation.
Au-delà du confort matériel, l’exécutif met en avant un enjeu de cohésion nationale. En réduisant les fractures territoriales, la modernisation des infrastructures est présentée comme un levier d’intégration économique et sociale. Dans un contexte de recomposition institutionnelle, le signal est politique : l’État veut redevenir stratège et aménageur.
Capital humain : la bataille de l’employabilité
Mais la véritable rupture pourrait se jouer ailleurs. Le PNCD accorde une place centrale à la formation, à l’insertion et à l’employabilité des jeunes. Agriculture à forte valeur ajoutée, écotourisme, économie numérique : ces secteurs sont identifiés comme des moteurs de croissance régionale.
L’objectif est explicite : réduire substantiellement le chômage des jeunes et faire émerger de véritables pôles de croissance dans les provinces. Autrement dit, rompre avec une économie trop concentrée et peu inclusive. Cette orientation rejoint les discours récurrents du chef de l’État sur la nécessité de transformer la richesse nationale en opportunités concrètes pour la jeunesse.
Diversification : l’après-pétrole en ligne de mire
La diversification reste le fil rouge. Si le Gabon dispose d’atouts, ressources forestières, potentiel agricole, biodiversité, leur valorisation exige une planification fine et une coordination interministérielle rigoureuse. C’est précisément ce que le PNCD prétend structurer : un cadre stratégique capable d’aligner budgets, réformes et investissements privés autour d’objectifs partagés.
En recevant sa ministre, le président n’a pas seulement pris acte d’une présentation technique. Il a donné une impulsion politique. Selon des sources concordantes, il a instruit d’accélérer les mécanismes de finalisation et de mise en œuvre des projets inscrits dans le plan. Le message est clair : le temps des diagnostics s’achève, celui de l’exécution commence.
Une méthode présidentielle
Depuis son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema revendique une approche fondée sur la responsabilité et la redevabilité. Le PNCD s’inscrit dans cette logique : fixer des priorités, assigner des délais, évaluer les résultats. Reste le défi majeur, commun à tous les plans de développement africains, de la traduction budgétaire et de la constance dans l’effort.
Car un plan, aussi ambitieux soit-il, ne vaut que par sa mise en œuvre. En plaçant la planification au cœur de son septennat, le chef de l’État joue une carte stratégique : transformer l’élan politique de la transition en trajectoire économique durable. Si le PNCD parvient à dépasser le stade des intentions pour s’incarner dans des chantiers visibles et des emplois créés, il pourrait devenir l’un des marqueurs structurants du nouveau cycle institutionnel gabonais.
À l’heure où les attentes sociales demeurent fortes, le pari est audacieux. Mais il est à la mesure de l’ambition affichée : faire du Gabon non plus un pays riche en potentialités, mais une économie organisée autour d’une vision et d’un calendrier.































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