Le temps des simples constats semble désormais révolu pour le patronat gabonais. Réunie le samedi 27 juin à la Cité de la Démocratie de Libreville à l’occasion de la deuxième édition du Gabon Economic Forum (GEF), la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG) a franchi un nouveau cap en formulant des propositions concrètes sur deux dossiers majeurs de l’économie nationale : la situation de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) et l’apurement de la dette intérieure.
Placée sous le thème « Des entreprises fortes pour une croissance durable et une prospérité partagée », cette édition 2026, entièrement organisée et financée par le secteur privé, ambitionnait de traduire en actions concrètes les préoccupations exprimées depuis plusieurs années par les opérateurs économiques. À l’issue d’une journée de travaux articulée autour de huit ateliers thématiques, le président de la FEG, Alain-Claude Kouakoua, a choisi de donner un contenu opérationnel à cette ambition.
La proposition la plus remarquée concerne sans conteste la CNAMGS. Devant les représentants de l’État et les partenaires réunis au forum, le président du patronat gabonais a plaidé pour la réalisation d’un audit approfondi de l’organisme chargé de la couverture maladie et de la protection sociale.
Une demande particulièrement significative lorsqu’elle émane d’une organisation représentant plus de 1 000 entreprises et près de 90 % des emplois formels du pays. Au-delà de la question technique, cette requête traduit les préoccupations du secteur privé sur la gouvernance, la soutenabilité financière et la fiabilité d’une institution qui joue un rôle central dans l’écosystème social et économique national.
Pour les entreprises, la solidité des mécanismes de protection sociale constitue en effet un élément essentiel de stabilité économique et de confiance. Autre dossier prioritaire porté par la FEG : celui de la dette intérieure.
Alors que l’encours de celle-ci dépassait 4 340 milliards de FCFA à fin 2025, le patronat ne s’est pas contenté de rappeler la nécessité de son apurement. Alain-Claude Kouakoua a indiqué avoir soumis aux pouvoirs publics un programme de remboursement destiné à accélérer le règlement des créances dues aux entreprises. Cette démarche illustre l’évolution du rôle que souhaite désormais jouer la FEG : celui d’un partenaire capable non seulement d’identifier les difficultés, mais également de proposer des mécanismes de résolution. Le contenu précis de ce programme, son éventuel calendrier d’exécution ainsi que ses modalités de financement restent toutefois attendus.
Du côté des pouvoirs publics, c’est le vice-président du gouvernement, Alexandre Barro Chambrier, qui représentait l’État lors des travaux. Intervenant devant les participants, il a réaffirmé la volonté des autorités de renforcer le partenariat avec le secteur privé, présenté comme un acteur essentiel de la croissance et de la transformation économique du pays.
Le vice-président du gouvernement a notamment assuré que l’État entendait honorer ses engagements financiers envers les entreprises dans des délais compatibles avec leurs exigences de fonctionnement. Cet engagement fait directement écho à l’objectif fixé par les autorités de ramener les délais de paiement des marchés publics à 90 jours.
Pour de nombreux opérateurs économiques, la régularité des paiements publics demeure l’un des principaux indicateurs de crédibilité de la relation entre l’État et le secteur privé. La capacité des administrations à respecter effectivement ces délais constituera donc un test majeur de la confiance mutuelle affichée lors du forum.
Au-delà des annonces, les participants s’accordent sur un point : la réussite du Gabon Economic Forum dépendra désormais de la mise en œuvre effective des recommandations formulées. Les conclusions des huit ateliers doivent être regroupées au sein d’une « Déclaration de Libreville du secteur privé », accompagnée d’une feuille de route destinée à assurer le suivi des engagements retenus.
Consciente des limites observées lors de la première édition en 2025, la FEG s’est engagée à hiérarchiser les priorités, à identifier les responsables de leur mise en œuvre et à suivre régulièrement leur niveau d’exécution.
En fixant d’ores et déjà un rendez-vous pour mesurer les progrès réalisés lors de la prochaine édition, le patronat gabonais accepte lui-même d’être évalué sur sa capacité à transformer ses propositions en résultats tangibles.
Une évolution qui pourrait marquer l’émergence d’un dialogue public-privé plus mature, davantage orienté vers l’exécution et la redevabilité. Car si le Forum s’est achevé dans les salles de la Cité de la Démocratie, le véritable enjeu commence maintenant : celui de la traduction des engagements en actions concrètes au service de la compétitivité des entreprises et de la transformation de l’économie gabonaise.


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