Longtemps perçue comme l’un des symboles des lenteurs chroniques des grands projets routiers en Afrique centrale, la route Ndendé-Doussala semble aujourd’hui amorcer un tournant décisif. Deux mois après les inquiétudes suscitées par un taux d’exécution limité à 27 %, les dernières avancées du chantier redonnent de la crédibilité à un projet stratégique porté par Brice Clotaire Oligui Nguema.
Le 21 mai 2026, une nouvelle mission de terrain conduite par le ministère gabonais des Travaux publics et de la Construction a permis de constater une accélération tangible des travaux sur cet axe de 48 kilomètres reliant Ndendé à Doussala, à la frontière congolaise. Une évolution particulièrement scrutée tant cette infrastructure dépasse le simple cadre national.
Le chantier qui devait rassurer
En mars dernier, la visite conjointe effectuée avec la Banque africaine de développement, principal bailleur du projet, avait laissé un goût amer aux autorités. Le faible niveau d’avancement du chantier nourrissait alors les interrogations sur la capacité des entreprises engagées à respecter les délais et les ambitions affichées.
Mais en l’espace de quelques semaines, le paysage a changé. Sur le terrain, les ouvrages hydrauliques avancent rapidement : 20 dalots sur 34 sont désormais achevés. Les travaux de grave non traitée, de grave-bitume et surtout le lancement effectif du bitumage témoignent d’une nette montée en cadence de l’entreprise chinoise Syno-Hydro.
Le secrétaire général du ministère des Travaux publics, Sylvain Patrick Enkoro, n’a d’ailleurs pas caché sa satisfaction face à cette reprise visible du chantier.
Une route bien plus stratégique qu’il n’y paraît
Au-delà de ses 48 kilomètres, l’axe Ndendé-Doussala occupe une place particulière dans la vision infrastructurelle du Gabon. Il constitue l’un des maillons de la grande Transafricaine, ce corridor continental destiné à relier l’Algérie à l’Afrique du Sud à travers plusieurs pays africains.
Pour Libreville, cette route est donc autant un projet d’aménagement territorial qu’un instrument d’intégration régionale. Elle ouvre une connexion directe avec le Congo voisin et renforce le positionnement du sud du Gabon dans les échanges sous-régionaux.
Lors du lancement officiel des travaux en 2024, Brice Clotaire Oligui Nguema avait présenté cette infrastructure comme un symbole de la modernisation des réseaux routiers nationaux. Derrière le discours, l’objectif est clair : désenclaver des territoires longtemps marginalisés et transformer les routes en leviers de croissance économique.
Le pari du désenclavement économique
Dans cette région frontalière, l’enjeu est également commercial. Bois, agriculture, transport logistique : plusieurs secteurs devraient bénéficier directement de l’amélioration de cet axe routier. Les opérateurs économiques espèrent notamment une réduction des coûts de transport et une fluidification des échanges transfrontaliers.
Le projet pourrait aussi renforcer l’attractivité économique du sud du Gabon, en facilitant son raccordement aux grands corridors régionaux d’Afrique centrale.
À travers cette dynamique, le pouvoir gabonais cherche à inscrire les infrastructures routières dans une logique plus large de souveraineté territoriale et d’influence régionale. Une stratégie qui vise à faire des routes non plus seulement des équipements de circulation, mais des instruments de cohésion nationale et de diplomatie économique.
Un chantier routier à dimension sociale
L’autre particularité du projet réside dans sa composante sociale. Le chantier est divisé en deux lots distincts. Le premier, confié à Unik BTP, dépasse largement le cadre routier classique.
Il prévoit notamment la construction d’une garderie et d’un centre multifonctionnel, l’installation d’éclairages solaires publics, la fourniture de kits de transformation agricole, ainsi que la réhabilitation d’écoles, de dispensaires et la réalisation de forages d’eau.
Cette approche intégrée traduit une évolution de la doctrine infrastructurelle gabonaise : construire une route ne suffit plus ; il s’agit désormais de créer autour d’elle un environnement économique et social capable de produire un impact durable sur les populations locales.
Le test de crédibilité des grands projets
Pour le gouvernement, la réussite de Ndendé-Doussala dépasse le seul enjeu routier. Elle constitue aussi un test de crédibilité de la nouvelle dynamique infrastructurelle engagée depuis 2023.
Après les retards et les doutes des derniers mois, l’accélération observée sur le terrain permet au pouvoir de reprendre la main sur un chantier hautement symbolique. Reste désormais à maintenir ce rythme jusqu’à l’achèvement complet de cette route qui pourrait devenir, à terme, l’un des corridors les plus stratégiques du sud gabonais.































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