Dans un entretien accordé au Figaro à l’occasion de sa visite d’État en France, le Président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a livré sa vision d’un Gabon souverain, ouvert à tous les partenaires mais désormais décidé à négocier ses intérêts sur une base plus équilibrée. Entre refondation institutionnelle, diversification économique et transformation locale des ressources, le Chef de l’État défend une nouvelle doctrine : ne plus subir les partenariats hérités, mais les construire.
À Paris, le Président gabonais n’est pas venu célébrer une relation du passé. Il est venu poser les bases d’une relation nouvelle.
Quarante-deux ans après la dernière visite d’État d’un chef d’État gabonais en France, Brice Clotaire Oligui Nguema a effectué un déplacement marqué par un symbole fort : celui d’un Gabon qui entend dialoguer avec ses partenaires historiques tout en affirmant davantage son autonomie stratégique.
« Nous venons à Paris en partenaire souverain, pour un partenariat rénové », résume le Chef de l’État dans les colonnes du Figaro.
Une formule qui résume la ligne diplomatique défendue par Libreville : ne rompre avec personne, mais ne dépendre de personne.
Changer de paradigme, pas changer de camp
Depuis son arrivée au pouvoir le 30 août 2023, à la suite de ce qu’il qualifie de « coup de la Libération », Brice Clotaire Oligui Nguema affirme vouloir ouvrir une nouvelle étape dans l’histoire du Gabon.
Le Président rappelle que cette période a permis de mettre fin à six décennies de pouvoir dynastique et d’engager une transition qui a conduit au retour des civils aux responsabilités après l’élection présidentielle d’avril 2025.
Pour lui, la transformation du Gabon ne peut toutefois pas être uniquement institutionnelle. Elle doit également être économique et diplomatique.
« Il faut changer de paradigme vis-à-vis de l’Afrique si on veut que les choses avancent », explique-t-il.
Une évolution qui concerne notamment la nature des partenariats entre le continent africain et ses partenaires traditionnels.
Selon le Chef de l’État, l’Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Elle dispose désormais de ses propres ingénieurs, technocrates et cadres formés dans les grandes universités internationales, capables de défendre leurs intérêts et de proposer de nouveaux modèles de coopération.
Le Gabon veut des partenariats gagnant-gagnant
Dans son entretien, Brice Clotaire Oligui Nguema insiste sur une idée centrale : le Gabon ne ferme aucune porte.
« Je ne chasse personne du Gabon. Nous, nous ne chassons personne. Nous voulons diversifier », affirme-t-il.
Cette diversification constitue l’un des piliers de la nouvelle stratégie économique gabonaise.
Hier partenaire historique, la France demeure un partenaire important, mais elle évolue désormais dans un environnement où le Gabon échange également avec d’autres acteurs internationaux.
Pour le Président gabonais, cette ouverture n’est pas une remise en cause des relations existantes, mais l’expression normale de la souveraineté d’un État.
« Le Gabon est attractif, il est ouvert à tout le monde », affirme-t-il.
Une doctrine qui repose sur un principe : chaque partenariat doit produire davantage de valeur pour l’économie nationale et pour les populations.
Mettre fin aux contrats hérités et reprendre la maîtrise des ressources
L’un des passages forts de l’entretien concerne la question des ressources naturelles.
Pendant longtemps, explique le Président, le Gabon a été associé à un modèle économique fondé sur l’exploitation de ses matières premières sans toujours bénéficier pleinement de leur valeur ajoutée.
Aujourd’hui, Libreville entend revoir certains équilibres.
« Longtemps, le Gabon est passé pour un pays où les rentes étaient copieuses, sauf pour le peuple gabonais », souligne-t-il.
Le Chef de l’État précise toutefois que cette démarche ne repose pas sur une logique de confrontation.
Les contrats hérités de plusieurs décennies doivent être analysés, renégociés lorsque cela est nécessaire et adaptés aux intérêts actuels du pays.
« On ne va pas négocier les armes à la main. On négocie politiquement, économiquement, juridiquement », explique-t-il.
Cette approche accompagne l’ambition affichée par le Gabon de devenir un État producteur et transformateur, capable de créer davantage d’emplois et de richesses à partir de ses propres ressources.
Une nouvelle génération gabonaise au cœur du changement
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’évolution du modèle gabonais repose aussi sur une nouvelle génération de compétences.
Le Président met en avant le rôle des ingénieurs, entrepreneurs et cadres africains formés dans les meilleures institutions internationales et revenus contribuer au développement du continent.
Cette génération, estime-t-il, porte un nouveau regard sur les relations internationales et réclame des coopérations fondées sur l’équilibre.
Une vision qui accompagne les réformes engagées par Libreville dans les secteurs minier, énergétique, agricole, numérique et industriel. Forêts : préserver, mais avec un mécanisme juste. Autre thème abordé dans l’entretien : la protection de l’environnement.
Le Gabon, qui abrite l’un des plus importants massifs forestiers au monde, revendique depuis plusieurs années son rôle de gardien d’un patrimoine naturel essentiel à la planète. Mais le Président pose une question centrale : celle du financement de cette préservation. « Il faut préserver les forêts. Mais à quel prix ? Qui nous paye, parce que c’est vous qui polluez », déclare-t-il.
Pour Libreville, la lutte contre le changement climatique doit s’accompagner d’un mécanisme équitable permettant aux pays qui protègent leurs forêts de bénéficier d’un soutien financier à la hauteur de leur contribution environnementale. L’objectif n’est pas d’opposer développement et protection de la nature, mais de trouver un équilibre durable. Un message adressé à la communauté internationale
À travers cet entretien, Brice Clotaire Oligui Nguema entend porter un message clair : le Gabon ne cherche ni confrontation ni rupture. Il revendique simplement une relation fondée sur l’équité.
À Paris, au moment où il reçoit les honneurs d’une visite d’État historique, le Président gabonais défend une nouvelle doctrine diplomatique : celle d’un pays souverain, ouvert aux partenariats, mais décidé à négocier ses intérêts avec davantage de fermeté. « Changer de paradigme, ce n’est pas changer de camp. C’est changer de méthode », résume cette nouvelle approche.
Une méthode qui ambitionne de placer le Gabon au centre de ses propres choix économiques et diplomatiques.































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