À Libreville, la patience des ménages s’effrite au rythme des délestages intempestifs et des coupures d’eau à répétition. Face à la grogne montante dans le Grand Libreville, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a convoqué une séance de travail d’urgence avec les responsables de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG), les représentants du groupe SUEZ et le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’électricité, Philippe Tonangoye.
Le message présidentiel a été sans détour. En dépit des mesures d’accompagnement consenties par l’État ces derniers mois, la SEEG demeure incapable d’assurer une alimentation stable et régulière des ménages en eau potable et en électricité. Une situation que le chef de l’État juge inacceptable, tant au regard des engagements pris devant les Gabonais que des efforts financiers mobilisés.
Un diagnostic sévère sur la gouvernance
Au cœur des échanges : la gouvernance interne de la SEEG. Le président a pointé des mécanismes opaques, un déficit de rigueur, un manque de transparence vis-à-vis de l’État et des sous-traitants, ainsi qu’une communication défaillante envers les usagers. En clair, au-delà des contraintes techniques, c’est un problème structurel de gestion qui est posé.
Depuis plusieurs décennies, les délestages rythment le quotidien des habitants de Libreville et de sa périphérie. Mais dans un contexte de transition politique et de refondation institutionnelle, Oligui Nguema entend rompre avec ce cycle. Pour lui, l’accès à l’eau et à l’électricité ne relève pas du confort : il s’agit d’un droit fondamental et d’un indicateur central de la crédibilité de l’action publique.
En convoquant les dirigeants de la SEEG au plus haut niveau, le président inscrit la question énergétique et hydraulique au rang des priorités stratégiques nationales.
Le pari SUEZ : moderniser pour durer
La rencontre a également permis de revenir sur le partenariat stratégique scellé entre l’État gabonais et le groupe SUEZ. Cet accord vise une optimisation technique des infrastructures existantes, un transfert de savoir-faire et une amélioration durable de la production et de la distribution d’eau potable.
Pour le chef de l’État, ce contrat ne peut être un simple affichage diplomatique ou technocratique. Il doit incarner une volonté politique forte : restaurer la confiance, assainir la gestion et hisser le service public aux standards attendus par les populations.
Autrement dit, les nouvelles technologies et l’expertise internationale ne produiront d’effets que si elles s’accompagnent d’une discipline interne renforcée et d’une gouvernance transparente.
Responsabilités partagées et tolérance zéro
Le président ne s’est pas limité à interpeller les dirigeants. Il a également dénoncé les comportements frauduleux observés dans certaines localités : branchements illégaux, détournements, impayés organisés. Dans une logique de responsabilisation collective, il a évoqué la publication des listes des auteurs d’actes frauduleux, signe d’une volonté d’assainissement sans complaisance.
Ce double discours, fermeté à l’égard des gestionnaires et rappel à l’ordre des usagers, traduit une approche globale. Moderniser les infrastructures ne suffira pas si les pratiques ne changent pas.
Oligui Nguema a exhorté les cadres et techniciens de la SEEG à s’impliquer pleinement, à collaborer de manière transparente avec les partenaires techniques et à éviter tout blocage susceptible de compromettre la réussite des réformes en cours.
Un test politique majeur
Au-delà des considérations techniques, la bataille de l’eau et de l’électricité constitue un test politique majeur pour le président. Dans un pays où les attentes sociales sont fortes, la capacité à garantir un service public fiable pèsera lourd dans l’évaluation de son action.
La séquence actuelle marque un tournant : le temps des diagnostics semble révolu, place à l’exigence de résultats. Si le partenariat avec SUEZ tient ses promesses et si la gouvernance interne est effectivement redressée, le secteur pourrait devenir l’un des symboles de la transformation engagée.
Dans le cas contraire, les délestages continueront d’alimenter le scepticisme. Le chef de l’État, lui, a clairement choisi son camp : celui de la rupture avec les pratiques du passé et de la restauration de l’autorité publique sur un secteur vital. Reste désormais à traduire cette fermeté en amélioration tangible pour les Gabonaises et les Gabonais.































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