
Dans une réponse mesurée mais ferme à la lecture juridique de la transition gabonaise proposée par Ali Akhbar Onanga Y’Obegue, l’ancien porte-parole de la présidence, Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, propose une autre grille de lecture : celle d’une légitimité politique forgée dans la rupture démocratique du 30 août 2023 et consacrée par les urnes. Une tribune forte, qui assume les fragilités du cadre transitoire tout en plaidant pour une sortie ordonnée de la crise.
La transition politique du Gabon ne cesse d’alimenter réflexions et controverses. Dernière en date : la tribune de M. Ali Akhbar Onanga Y’Obegue, dans laquelle l’ancien ministre soulève, avec la rigueur qu’on lui connaît, les failles juridiques du processus de transition, notamment l’irrégularité de la Cour constitutionnelle devant laquelle le président élu Brice Clotaire Oligui Nguema doit prêter serment ce 3 mai.
Ike Ngouoni, ancien porte-parole de la présidence sous Ali Bongo, n’élude pas ces critiques. Mieux, il en reconnaît la pertinence technique. Mais dans une tribune assumée, il invite à replacer le débat dans son véritable contexte : la transition actuelle n’est pas un exercice légaliste classique, mais un moment politique fondateur.
“Dans toute période de transition, le droit est un outil de stabilisation ; la légitimité populaire en est la boussole.”
Une élection comme fondement de la refondation
L’élection présidentielle du 12 avril 2025, selon Ngouoni, ne peut être analysée indépendamment de la rupture intervenue huit mois plus tôt, lorsque le régime Bongo fut écarté du pouvoir par les forces armées. Cette rupture, rappelle-t-il, était le symptôme d’une crise de légitimité profonde, à laquelle le CTRI a choisi de répondre par la convocation du peuple aux urnes.
En cela, la présidentielle n’était pas une simple formalité. Elle fut le socle politique sur lequel reconstruire une République, avant toute révision institutionnelle.
Cour imparfaite, mais fonction politique claire
Sur la légitimité contestée de la Cour constitutionnelle de transition, Ngouoni se montre clair : la prestation de serment devant cette juridiction n’est pas conforme à la lettre de la Constitution, mais elle est conforme à l’exigence de continuité de l’État.
“Elle ne détourne pas la Constitution, elle en accompagne l’entrée en vigueur effective.”
Une idée-force revient tout au long de sa démonstration : dans une transition, il n’y a pas de perfection juridique, seulement des équilibres à construire.
La présidence avant les législatives : un choix stratégique
Alors que d’aucuns auraient préféré voir le Parlement installé avant la présidence, Ngouoni rappelle une évidence politique souvent ignorée : sans une figure présidentielle issue du suffrage, aucun processus de refondation n’est viable.
Le risque, selon lui, serait une transition captée par des élites technocratiques, déconnectées du vote populaire. Restaurer la présidence, c’est donner un cap, une incarnation, un mandat.
Une transition imparfaite mais légitime
Ike Ngouoni n’idéalise pas le moment actuel. Il le qualifie lui-même d’“institutionnellement fragile”. Mais comme d’autres transitions historiques – en France, en Afrique du Sud ou au Chili –, il rappelle que le droit peut fonctionner dans un cadre provisoire, à condition d’être guidé par une légitimité politique claire.
Il plaide ainsi pour une accélération du processus transitoire, avec l’organisation rapide d’élections législatives, la mise en place d’une nouvelle Cour constitutionnelle conforme à la Constitution de 2024 et l’adoption des lois organiques nécessaires.
“Il ne s’agit pas d’occulter les failles juridiques. Il s’agit de leur donner un horizon politique, au service de la Nation.”
Un appel à penser la République au-delà des normes
Avec cette tribune, Ike Ngouoni ne se contente pas de défendre une séquence politique. Il appelle à une maturité démocratique, qui sache faire la part entre les exigences de droit et les urgences de refondation. Il replace la souveraineté populaire au cœur du processus constitutionnel, et invite les juristes à accompagner ce cheminement plutôt qu’à le délégitimer.
Le 3 mai, conclut-il, ne sera pas l’aboutissement d’un désordre, mais bien le point de départ d’une nouvelle République, fondée sur l’adhésion populaire et la responsabilité politique.































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