Réunis à Brazzaville le 22 janvier 2026, à l’invitation du président congolais Denis Sassou-Nguesso, président en exercice de la Conférence des chefs d’État de la CEMAC, les dirigeants de l’Afrique centrale ont tenu une session extraordinaire entièrement consacrée à l’examen de la situation économique, financière et monétaire de la sous-région. Une rencontre au sommet, marquée par un ton grave et une volonté affichée de passer des diagnostics répétés à l’action coordonnée.
Autour de la table, les présidents Faustin-Archange Touadéra pour la République centrafricaine, Brice Clotaire Oligui Nguema pour le Gabon et Teodoro Obiang Nguema Mbasogo pour la Guinée équatoriale. Le Cameroun et le Tchad étaient représentés par leurs ministres des Finances respectifs, Louis Paul Motaze et Tahir Hamid Nguilin. Une configuration qui traduisait l’importance stratégique accordée à cette session, dans un contexte régional sous tension budgétaire et monétaire.
La Conférence s’est appuyée sur les travaux préparatoires du Comité ministériel de l’UMAC et du Conseil des ministres de l’UEAC, tenus respectivement les 19 et 21 janvier. Dès l’ouverture solennelle, Denis Sassou-Nguesso a donné le ton, appelant à une prise de conscience collective face à la fragilité persistante des équilibres macroéconomiques de la CEMAC.
Le rapport du gouverneur de la BEAC a confirmé l’ampleur des défis. Croissance encore vulnérable, pressions sur les réserves de change, tensions sur les finances publiques : le diagnostic est sans concession. Les perspectives, a-t-il souligné, exigent des mesures « urgentes et vigoureuses » pour redresser durablement la trajectoire économique de la sous-région. Un constat dont les chefs d’État ont pris acte, sans détour.
Même tonalité dans le rapport présenté par le président de la Commission de la CEMAC, Baltasar Engonga Edjo’o, qui a fait le point sur l’exécution des décisions issues des précédentes sessions extraordinaires et ordinaires. Si certaines avancées sont enregistrées, le rythme demeure insuffisant au regard de l’ampleur des déséquilibres accumulés.
Invité spécial de cette session, l’administrateur du Groupe Afrique III au Fonds monétaire international a, lui aussi, tiré la sonnette d’alarme. Tout en saluant les mesures proposées par les instances communautaires, il a insisté sur la nécessité pour les États membres de renforcer la discipline budgétaire et la gestion des finances publiques dans une approche résolument coordonnée.
Au terme des échanges, la Conférence a arrêté une série d’orientations claires. À court terme, les chefs d’État ont exhorté les gouvernements à garantir la cohérence entre les lois de finances nationales et les engagements pris avec le FMI, à accélérer la conclusion ou la poursuite des programmes économiques et financiers, à renforcer la transparence budgétaire, notamment par la publication régulière du TOFE, et à avancer résolument sur la mise en place des comptes uniques du Trésor et la digitalisation des finances publiques.
Ils ont également insisté sur la préservation de l’indépendance de la BEAC, le renforcement du rôle de la COBAC, le rapatriement des avoirs détenus hors de la zone CEMAC et des recettes d’exportation, en particulier dans le secteur extractif, ainsi que la finalisation des négociations avec les compagnies pétrolières sur les fonds de restauration des sites.
À moyen terme, l’accent est mis sur l’assainissement du secteur bancaire, la réduction de l’exposition des banques au risque souverain, le renforcement du rôle de la BDEAC dans le financement du développement et l’accélération de la stratégie communautaire d’import-substitution, perçue comme un levier clé de souveraineté économique.
Conscients que les décisions sans suivi alimentent la défiance, les chefs d’État ont enfin décidé de renforcer le Secrétariat du Programme des réformes économiques et financières de la CEMAC (PREF-CEMAC). Celui-ci est désormais chargé de missions d’évaluation trimestrielles, avec un premier rapport attendu avant les assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale.
Au terme des travaux, les dirigeants ont salué l’accueil réservé par les autorités congolaises et la qualité de l’organisation de cette session extraordinaire, qui s’est déroulée dans un climat de sérénité et de compréhension mutuelle. Mais au-delà des formules diplomatiques, le message est clair : pour la CEMAC, le temps des constats est révolu. L’heure est désormais à l’exécution, sous peine de voir l’urgence économique se transformer en crise systémique.































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