La crise de l’eau qui affecte le Grand Libreville franchit un nouveau seuil. Le 1er juillet 2026, le gouvernement gabonais a annoncé la mise en place d’un « état d’urgence hydrique » sur l’ensemble du territoire national. Une décision exceptionnelle, prise sur instruction du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, dans un contexte marqué par des pénuries persistantes et la prolifération de circuits parallèles de distribution.
Selon les autorités, les récentes discussions entre le Chef de l’État et les agents de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) ont mis en lumière l’implication de certains personnels dans un commerce illégal d’eau potable. Plusieurs mécanismes sont cités : sous-traitance informelle, recours à des prête-noms et constitution de groupements d’intérêts économiques opérant en marge de la réglementation.
Ce système, qualifié de « réseau tentaculaire » par les autorités, aurait contribué à organiser une économie parallèle autour de la pénurie, avec des prix de vente largement supérieurs aux tarifs réglementés, pouvant atteindre entre 10 000 et 20 000 francs CFA par mètre cube, selon les estimations officielles.
Face à cette situation, le gouvernement a choisi une réponse de rupture.
Une mobilisation sécuritaire exceptionnelle
L’état d’urgence hydrique, pris sur la base des dispositions de la loi n°011/2023 encadrant le secteur de l’eau, prévoit un dispositif opérationnel d’ampleur impliquant les Forces de défense et de sécurité. Celles-ci sont chargées des opérations de perquisition, de saisie conservatoire et de démantèlement des installations jugées frauduleuses.
Les autorités indiquent que 55 véhicules seraient déjà identifiés comme étant impliqués dans ces circuits irréguliers. Parallèlement, les infrastructures de stockage et de distribution non autorisées doivent être recensées et neutralisées.
Dans le même temps, un dispositif de distribution contrôlée est mis en place. Le Corps des sapeurs-pompiers, la Garde républicaine, le Génie militaire et la Gendarmerie nationale sont mobilisés pour assurer l’approvisionnement des populations.
Un encadrement strict des prix et de la distribution
Le gouvernement a également fixé une mercuriale exceptionnelle pour la distribution d’eau en situation d’urgence. Le prix du mètre cube livré en cubitainer est désormais fixé à 3 000 francs CFA, celui du fût de 200 litres à 600 francs CFA, et les livraisons de 100 litres à 300 francs CFA.
Le numéro vert 18 a été activé pour centraliser les commandes dans le Grand Libreville, tandis que d’autres lignes seront progressivement déployées. Les paiements devront être effectués à la livraison auprès des agents des forces de l’ordre, désormais seuls habilités à encadrer l’opération.
Cette centralisation traduit la volonté des autorités de reprendre le contrôle total d’une chaîne d’approvisionnement devenue, selon elles, largement incontrôlée.
Une réponse d’urgence à une crise structurelle
Au-delà de la réponse sécuritaire, cette décision met en lumière une crise structurelle ancienne : la fragilité du réseau de distribution d’eau potable dans la capitale gabonaise. Depuis plusieurs années, les coupures récurrentes ont favorisé l’émergence de solutions informelles, progressivement intégrées dans les habitudes des ménages et des entreprises.
Pour les autorités, cette situation ne pouvait plus perdurer. L’état d’urgence hydrique vise ainsi à « restaurer l’autorité de l’État » sur un service public jugé stratégique, tout en garantissant un accès immédiat à la ressource pour les populations affectées.
Entre fermeté et promesse de retour à la normale
Le gouvernement insiste sur le caractère temporaire du dispositif. L’objectif affiché reste le retour rapide à un fonctionnement normal du réseau public, que les autorités appellent à renforcer en parallèle de ces mesures d’exception.
Dans ce cadre, le président de la République a également lancé un appel aux agents de la SEEG, les invitant à respecter leurs engagements et à contribuer à la restauration du service.
L’accès à l’eau potable est rappelé comme un droit constitutionnel, inscrit dans l’article 37 de la Constitution gabonaise. C’est au nom de ce principe que les autorités justifient une intervention jugée exceptionnelle, mais nécessaire pour mettre fin à des pratiques qualifiées d’abusives.
Une méthode de gouvernance sous tension
Cette séquence illustre une méthode désormais assumée par Brice Clotaire Oligui Nguema : l’intervention directe de l’exécutif face aux crises sociales, combinant dialogue, diagnostic sur le terrain et mesures coercitives lorsque les circuits institutionnels sont jugés insuffisants.
Reste désormais la question centrale de l’efficacité. Car au-delà de la rupture avec les réseaux parallèles, c’est la capacité du système public à assurer durablement l’approvisionnement en eau qui déterminera la portée réelle de cette opération.
Dans les quartiers du Grand Libreville, l’attente demeure la même : voir l’eau revenir dans les robinets de manière régulière, sans dépendre ni de la pénurie ni des dispositifs d’exception.































Discussion about this post