En réunissant le Conseil supérieur de la magistrature à Port-Gentil, le 16 septembre, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a donné une portée territoriale à la réforme de la justice. Accès au droit, délais de traitement, sécurité juridique des investisseurs, discipline et renouvellement des juridictions : la session a dessiné les contours d’un appareil judiciaire appelé à accompagner la transformation économique et institutionnelle du Gabon.
À Port-Gentil, la justice gabonaise a changé de décor, mais pas d’ambition. Pour la première fois, le Conseil supérieur de la magistrature s’est réuni dans la capitale économique, sous la présidence du Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. Un choix hautement symbolique, mais également conforme aux textes qui autorisent le Conseil à siéger en tout point du territoire national.
En délocalisant cette session hors de Libreville, le président gabonais entend donner une traduction concrète à une idée devenue centrale dans sa méthode de gouvernance : rapprocher les institutions des territoires et des citoyens.
Port-Gentil n’a évidemment pas été choisie au hasard. Première ville économique du pays, la cité pétrolière concentre une part importante de l’activité industrielle et des investissements privés. Y réunir le Conseil supérieur de la magistrature revient donc aussi à poser une question essentielle pour la transformation économique du Gabon : quelle justice pour sécuriser ceux qui entreprennent, investissent et créent des emplois ?
« La confiance se gagne dossier après dossier »
À l’ouverture des travaux, Brice Clotaire Oligui Nguema a fixé le cap : la justice doit démontrer sa capacité à garantir un accès effectif au droit, à traiter les procédures dans des délais raisonnables et à restaurer la confiance des justiciables.
Le message présidentiel repose sur une exigence simple : la réforme de la justice ne peut rester confinée aux textes et aux discours. Elle doit se mesurer dans le quotidien des citoyens.
Un dossier traité dans un délai raisonnable, une décision effectivement exécutée, un litige commercial tranché avec célérité ou encore une procédure administrative mieux encadrée constituent autant de manifestations concrètes de cette ambition.
La modernisation envisagée concerne également l’environnement économique. Le Chef de l’État a appelé à une évolution des textes et des pratiques sur plusieurs sujets sensibles, notamment les dommages-intérêts, l’exécution provisoire, les astreintes ou encore certaines saisies.
L’objectif affiché est de renforcer la sécurité juridique des opérateurs économiques. Car pour les autorités, la question judiciaire rejoint directement celle de l’investissement : un environnement juridique prévisible contribue à créer les conditions de la confiance économique.
Discipline et mérite : les deux faces d’une même réforme
La session de Port-Gentil intervient également dans un contexte de renforcement de la gouvernance du corps judiciaire.
Le conseil de discipline s’était réuni le 25 août 2026. Le Conseil supérieur de la magistrature a pris acte des décisions rendues, conformément au cadre statutaire. Ces décisions peuvent faire l’objet des voies de recours prévues par la loi, notamment devant le Conseil d’État.
Cette séquence rappelle une autre dimension de la réforme : l’exigence de responsabilité ne concerne pas seulement l’administration ou les opérateurs économiques. Elle commence également au sein de l’institution judiciaire.
Mais la session n’a pas été uniquement placée sous le signe de la discipline. Elle a également consacré la reconnaissance du mérite.
57 magistrats ont été promus, dont 35 au premier grade et 22 au grade hors hiérarchie. À cela s’ajoutent 66 magistrats inscrits au tableau d’avancement, appelés à constituer le vivier des prochaines promotions.
La distinction est importante : l’inscription au tableau d’avancement ne constitue pas une promotion. Cette précision permet de mesurer avec exactitude l’ampleur du mouvement décidé lors de la session.
Sept magistrats ont par ailleurs été réintégrés dans le corps et huit admis à l’honorariat.
La logique affichée est donc double : responsabiliser lorsque les règles sont enfreintes, reconnaître lorsque le mérite et l’expérience le justifient.
Les hautes juridictions changent de visage
La session du 16 septembre a également permis de pourvoir plusieurs fonctions majeures de l’appareil judiciaire gabonais.
André Wora Alonda prend la tête de la Cour de cassation, tandis que Pamphile Moussavou Ibouanga est nommé Premier Président de la Cour des comptes. Jean Gaspard Mintsa Ondo devient Commissaire général à la loi près le Conseil d’État.
Plusieurs présidents de chambre et responsables des parquets ont également été désignés au sein des hautes juridictions.
Ce renouvellement concerne les trois ordres de juridiction : judiciaire, administratif et financier.
Il touche aussi les juridictions de proximité. Libreville, Port-Gentil, Franceville, Mouila, Koulamoutou, Tchibanga, Oyem, Ntoum, Lambaréné et Makokou sont concernées par les affectations et nominations.
Un choix qui donne à la session une dimension nationale.
La Cour des comptes descend dans les provinces
L’un des volets les plus structurants concerne le contrôle des finances publiques.
La Cour des comptes est renforcée avec la nomination d’un Premier Président, de présidents de chambre, de conseillers maîtres, de conseillers référendaires et de magistrats du parquet financier.
Surtout, sept chambres provinciales des comptes sont pourvues à Franceville, Ntoum, Mouila, Tchibanga, Koulamoutou, Oyem et Port-Gentil.
Le mouvement traduit une volonté de rapprocher le contrôle financier des territoires et de renforcer la capacité de contrôle de la dépense publique en dehors de la capitale.
Dans une République qui affiche désormais la rigueur dans la gestion des ressources publiques comme une priorité, cette architecture n’est pas anodine : chaque niveau de l’administration doit pouvoir rendre compte de l’utilisation des fonds publics.
Une justice où les femmes prennent davantage de responsabilités
Autre enseignement de la session : la présence de plusieurs femmes à des postes de responsabilité.
Le Secrétariat permanent du Conseil supérieur de la magistrature, le Tribunal de commerce de Libreville, une formation spécialisée du Tribunal de première instance de Libreville ainsi que plusieurs chambres des hautes juridictions et des chambres provinciales des comptes sont désormais dirigés ou appelés à être dirigés par des magistrates.
Ces nominations témoignent de la place croissante des femmes dans les fonctions supérieures de la magistrature gabonaise et de l’administration judiciaire.
Port-Gentil comme symbole d’une justice nationale
Au fond, la session du 16 septembre dépasse la seule mécanique des nominations.
Elle dessine une feuille de route autour de plusieurs impératifs : rapprocher la justice des citoyens, réduire les délais, sécuriser l’activité économique, renforcer le contrôle des finances publiques, faire respecter la discipline et valoriser les parcours professionnels.
Le choix de Port-Gentil donne à cette orientation une dimension territoriale particulièrement forte.
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, l’enjeu est désormais de faire en sorte que la transformation institutionnelle engagée avec la Ve République se traduise également par une transformation du service public de la justice.
La formule pourrait tenir en une phrase : une justice plus proche des Gabonais, plus prévisible pour les entreprises et plus exigeante envers ceux qui la rendent.
Après les réformes administratives, économiques et institutionnelles engagées depuis le changement de régime, la justice apparaît ainsi comme l’un des prochains grands terrains de concrétisation de la Ve République.
Et en choisissant Port-Gentil pour réunir son Conseil supérieur de la magistrature, le Chef de l’État a envoyé un signal clair : la réforme de l’État ne doit plus être pensée uniquement depuis Libreville. Elle doit désormais se mesurer sur le terrain, au plus près de ceux qu’elle est censée servir.































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