Au Palais de justice de Libreville, le procureur de la République, Dick Fabrice Boungou Mickolo, a pris la parole ce 16 avril 2026 pour recadrer une affaire déjà happée par le tumulte politico-médiatique. En ligne de mire : l’interpellation de Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre, dont le cas cristallise à nouveau les tensions entre lecture judiciaire et interprétation politique.
Une affaire de droit commun, selon le parquet
Les faits, tels que présentés par le ministère public, sont précis. Tout part d’une plainte déposée le 7 avril 2026 par une citoyenne gabonaise. En cause : le non-remboursement d’une somme de 5 millions de FCFA, qui aurait été remise dans le cadre de l’organisation des festivités de la Fête des cultures.
Le procureur a été sans ambiguïté : une enquête préliminaire est en cours pour des faits présumés d’escroquerie et d’abus de confiance. À ce stade, il ne s’agit ni d’un jugement, ni d’une condamnation, mais d’un processus d’établissement des faits. « Les investigations se poursuivent (…) afin d’établir la matérialité des faits », a-t-il insisté, rappelant au passage un principe fondamental : la présomption d’innocence.
Autrement dit, la justice suit son cours. Rien de plus. Rien de moins.
L’indépendance judiciaire revendiquée
Face aux soupçons d’instrumentalisation politique, le parquet a tenu à poser un cadre clair : l’autorité judiciaire agit « en toute indépendance », sans considération du statut ou du passé de la personne concernée.
Dans un pays où la défiance envers les institutions reste vive, cette affirmation n’est pas anodine. Elle vise à réaffirmer une ligne de séparation essentielle : celle entre pouvoir politique et pouvoir judiciaire.
Car au fond, toute la question est là. Peut-on encore accepter qu’une procédure judiciaire impliquant une figure politique soit systématiquement perçue comme une manœuvre ?
Entre perception et réalité
Ce nouvel épisode met en lumière une fracture persistante dans l’opinion : d’un côté, une justice qui revendique son autonomie et son ancrage dans le droit ; de l’autre, une partie de la classe politique et de l’opinion qui interprète chaque procédure à travers le prisme du rapport de forces.
Le risque est connu : à force de tout politiser, on finit par brouiller la lecture des faits. Or, dans cette affaire, le cadre est clairement posé : une plainte, une enquête, des qualifications juridiques, et un processus en cours.
L’attente des faits
À ce stade, une seule certitude : l’enquête suit son cours sous la direction du parquet de Libreville. Le reste relève encore de l’établissement des responsabilités.
Dans ce type de dossier, la précipitation est rarement bonne conseillère. Ni pour accuser, ni pour innocenter.
Le défi, désormais, est simple mais exigeant : laisser la justice travailler, sans pression, sans récupération, sans amalgame.
Car au bout du compte, ce ne sont ni les déclarations politiques ni les spéculations en ligne qui trancheront.
Ce sont les faits. Et uniquement les faits.































Discussion about this post