
Pour Zita Oligui Nguema, le véritable danger n’est pas toujours visible immédiatement. Il commence souvent par un silence, une difficulté discrète, un décrochage progressif. Puis, faute d’accompagnement, cette fragilité finit par devenir une rupture. C’est précisément cette logique que la Première dame gabonaise dit vouloir briser à travers le programme ÉQUILIBRES 2026–2029.
Dans un entretien accordé à Think Tank Nanan à l’occasion du lancement au Gabon de la campagne de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique pour le Développement consacrée à la résilience des femmes face au changement climatique et aux conflits, elle expose une vision qui dépasse largement l’action sociale classique.
Son objectif n’est pas seulement de gérer l’urgence. Il s’agit, selon elle, de préserver les « équilibres humains » avant que les situations de vulnérabilité ne deviennent irréversibles.
Une nouvelle approche de la vulnérabilité
Le programme ÉQUILIBRES repose sur un principe simple mais ambitieux : intervenir plus tôt.
Pour la Première dame, les difficultés sociales, psychologiques ou sanitaires ne doivent plus être traitées uniquement lorsqu’elles explosent au grand jour. Elles doivent être détectées en amont, accompagnées dans la durée et prises en charge avec des dispositifs adaptés.
Cette approche marque une évolution importante dans la manière d’aborder les politiques sociales au Gabon. L’enjeu n’est plus seulement de réparer après la rupture, mais d’empêcher la rupture elle-même.
Le cas des jeunes filles, au cœur du programme
Au fil de l’entretien, Zita Oligui Nguema insiste particulièrement sur les jeunes filles confrontées à des environnements fragiles.
Elle décrit le parcours d’une adolescente de 17 ans qui traverse une épreuve difficile sans parvenir à l’exprimer. Le silence s’installe, puis le repli. Peu à peu, la jeune fille décroche de ses repères.
Pour la Première dame, ce type de trajectoire ne doit plus évoluer sans réponse institutionnelle. D’où l’idée de construire des mécanismes d’écoute, de détection précoce et d’accompagnement psychologique capables d’intervenir avant l’effondrement social ou familial.
Une stratégie construite à partir du terrain
Le programme ÉQUILIBRES n’a pas été élaboré uniquement dans les bureaux institutionnels. Selon la Première dame, il est directement issu des constats réalisés lors de la tournée Résilience 241.
Cette consultation de terrain a permis de recueillir les préoccupations des femmes à travers plusieurs localités du pays : accès aux soins, précarité, isolement social ou poids des responsabilités familiales.
Ces échanges ont contribué à identifier trois priorités majeures : les femmes vulnérables, les jeunes filles exposées aux ruptures de parcours et les familles fragilisées.
La santé comme socle des équilibres sociaux
Autre axe central du programme : la santé.
Pour Zita Oligui Nguema, un parcours de soins fragilisé entraîne souvent des conséquences sociales beaucoup plus larges. Lorsqu’une femme ou un enfant n’a plus accès à un suivi médical stable, c’est tout l’équilibre familial qui peut vaciller.
Cette vision explique pourquoi la santé constitue le point d’entrée principal des initiatives portées dans le cadre d’ÉQUILIBRES.
Le Centre de Nkok comme laboratoire social
Parmi les projets les plus structurants figure le futur Centre de Nkok, actuellement en construction.
Pensé comme un espace de prise en charge durable, ce centre doit accueillir des dispositifs de suivi, d’accompagnement psychologique et de réinsertion adaptés au contexte gabonais.
Mais pour la Première dame, l’essentiel ne réside pas uniquement dans le bâtiment. Ce qui compte, explique-t-elle, c’est la méthode de prise en charge construite autour des bénéficiaires.
L’objectif affiché est clair : bâtir un modèle durable capable d’accompagner les trajectoires humaines dans la durée, et pas seulement de gérer les urgences ponctuelles.































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